L’aube de la Prophétie

Abul hasan ‘Ali Nadwi
UNE LUMIÈRE POUR L’HUMANITÉ

Au moment où le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) achevait sa quarantième année, l’humanité se tenait au bord d’un gouffre; ou nous pourrions dire, en d’autres termes, que la race humaine tout entière était au bord du suicide. C’est au cours de cet épisode, qui fut le plus obscur de l’histoire de l’humanité, qu’une première lueur, tel un encens incandescant, commença à dissiper les ténèbres pour annoncer un futur radieux à l’homme. L’éveil de la prophétie mit fin abruptement à l’avenir que l’on prédisait au monde malheureux d’alors qui agonisait et se présentait sous les couleurs les plus sombres. La loi immuable du Dieu Miséricordieux veut que lorsque les mauvaises actions de l’homme mènent celui-ci au désespoir, une nouvelle lueur d’espoir apparaît, mère de la foi, de l’espérance et du bonheur, afin d’effacer ses larmes.

Les obscures forces de l’ignorance, de la superstition et du paganisme s’étaient propagées à travers le monde et avaient comprimé, écrasé l’âme de l’homme sous leur talon de fer. Dans de telles conditions, nul ne s’étonnera que la foi corrompue et la vie insignifiante des gens autour de lui aient rendu le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) agité et inquiet; il se mit à aspirer à un but plus élevé, espérant de son Seigneur ne fut-ce qu’une lueur pour le guider. Souvent, il passait de longues nuits éveillé, comme si une force céleste lui pavait la voie, le préparait à l’énorme responsabilité qu’il allait bientôt se voir confier. On le voyait fréquemment errer à travers la campagne, loin de la cité animée de la Mecque, perdu dans ses pensées et profitant pleinement de cette solitude qui lui apportait un sentiment de paix, de tranquilité et de sérénité. Il lui arrivait également de s’enfoncer dans le désert aride ou dans les montagnes sauvages parsemées de cavernes mais dépourvues d’habitations. Et lorsqu’il parcourait ces montagnes, il entendait clairement des voix lui dire «Paix sur toi, Messager d’Allah»; mais il regardait à droite, à gauche et derrière lui et ne voyait que des arbres et des rochers. 1

DANS LA GROTTE DE HIRA

Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) se retirait régulièrement dans une grotte de Hira où il restait aussi longtemps que le lui permettaient ses provisions. Là, il passait ses nuits à veiller et à prier d’une façon qu’il croyait semblable à celle du prophète Ibrahim (paix sur lui). 2

Le 17e jour du mois de Ramadan, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), âgé à ce moment de quarante ans, passait une nuit dans la grotte de Hira. Alors qu’il était tout à fait éveillé et parfaitement conscient, l’Ange Gabriel vint à lui et lui dit: «Lis!». Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), sans mentir, répondit: «Je ne sais pas lire.» Il raconte qu’à ce moment, l’Ange le saisit et le pressa si fort qu’il en ressentit une violente douleur. Puis, il le lâcha et lui dit à nouveau: «Lis!» Comme le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui répondait pour la deuxième fois «Je ne sais pas lire», l’Ange le pressa fortement jusqu’à ce qu’il se sente complètement écrasé. Puis il le lâcha de nouveau et, encore une fois, lui dit: «Lis!» Et lorsque le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit pour la troisième fois «Je ne sais pas lire», il le pressa à nouveau de la même manière. Puis, il le lâcha et dit: 1

«Lis (Ô Mohammed), au nom de ton Seigneur qui a créé,'
qui a créé l’homme d’une adhérence.
Lis! Ton Seigneur est le Très Noble,
qui a enseigné par la plume [le calame],
a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas.» (Coran 96:1-5)

DE RETOUR À LA MAISON

Terrifié par l’étrange expérience qu’il venait de vivre (car rien de tel ne lui était jamais arrivé, pas plus qu’il n’avait entendu parler de rien de similaire), le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) revint chez lui avec ces versets en mémoire et le cœur tremblant. Il courut vers sa femme, Khadijah, et lui dit: «Enveloppe-moi! Enveloppe-moi!», car il était encore trop apeuré pour parler de ce qu’il venait de voir.

Lorsqu’il se fut un peu calmé, Khadijah lui demanda la raison de son agitation et c’est alors qu’il lui raconta ce qui lui était arrivé. Khadijah était une femme intelligente et sage; elle avait beaucoup entendu parler des messagers d’Allah, de la prophétie et des anges par son cousin Waraqa bin Naufal (qui s’était converti à la chrétienté et qui était familier avec la Torah et les Évangiles). Comme d’autres esprits éclairés qui avaient rejeté l’adoration des idoles, elle était insatisfaite du culte païen des Mecquois.

Khadijah était la femme du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et elle avait passé de nombreuses années auprès de lui. Elle était son amie la plus proche et le connaissait par cœur. De ce fait, elle devint le témoin le plus fiable et le plus crédible de la noblesse de caractère de son mari. La valeur de sa fibre morale l’avait convaincue que le Seigneur ne pouvait que soutenir cet homme et lui porter secours. Elle avait l’intime conviction que jamais le Seigneur ne permettrait qu’un homme aussi honnête, de caractère aussi élevé et aimant autant la vérité soit possédé par un djinn ou un démon. Alors, confiante, elle le rassura: «Je jure par Allah que jamais Il ne te mettrait dans l’embarras. Tu noues et entretiens des liens avec les gens, tu dis toujours la vérité, tu aides les gens à porter leurs fardeaux, tu aides les pauvres, tu reçois bien tes invités et tu soulages les peines et les souffrances encourues lors de la recherche de la vérité.» 1

LES PRÉDICTIONS DE WARAQA BIN NAWFAL

Khadijah avait tenté de réconforter et d’encourager son mari du mieux qu’elle pouvait, même si elle ne comprenait pas très bien ce qui lui arrivait. Mais la situation était des plus sérieuses et exigeait qu’une action soit entreprise rapidement. Elle était fort troublée et, espérant comprendre ce qui était arrivé à son mari, elle consulta un savant en religions qui l’informa sur l’histoire de celles-ci et leurs écritures, de même que sur la biographie des prophètes d’Allah qui avaient été envoyés par le passé.

Khadijah savait que Waraqa bin Naufal pourrait l’aider à clarifier la situation. Elle alla le visiter en compagnie du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), et lorsque ce dernier lui raconta ce qu’il avait vu et entendu, Waraqa s’écria: «En vérité, par Celui qui tient mon âme entre Ses mains, tu es le Prophète de ce peuple. Le grand Namus (l’Archange Gabriel) est venu te voir comme il est venu voir Moïse par le passé. Bientôt, ton peuple te traitera de menteur, te maltraitera, te combattra et te chassera.» Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) fut étonné d’entendre les prémonitions de Waraqa, car ses concitoyens avaient toujours été fort courtois envers lui et le tenaient en haute estime; ils le nommaient d’ailleurs le «digne de confiance». Frappé de stupeur, il demanda à Waraqa:«Quoi? Vont-ils m’expulser?» «Oui», répondit Waraqa, «car jamais un homme n’a apporté à son peuple ce que tu lui apporteras sans être combattu par ce dernier. Il en a toujours été ainsi. Et si je vis jusqu’au jour où ces événements se produiront, je serai là pour te soutenir.» 1

À partir de ce moment, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) attendit, jour après jour, que quelque chose se produisit; mais une longue période de temps s’écoula sans qu’aucune autre révélation ne lui soit transmise. Puis, il la reçut de nouveau; et par la suite, les périodes de révélation du Coran se succédèrent très rapidement pour s’étaler sur une période de vingt-trois ans.

KHADIJAH EMBRASSE L’ISLAM

Khadijah fut la première personne à embrasser l’islam. Et en plus d’être la compagne du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), elle fut également son assistante, son soutien et son défenseur. Elle fut toujours là pour le rassurer et pour le soutenir contre tous ceux qui le méprisaient et refusaient de croire en lui. Elle s’efforça de calmer ses appréhensions et l’encouragea en lui démontrant la confiance inébranlable qu’elle avait en lui.

‘ALI BIN ABOU TALIB ET ZAYD BIN HARITHAH

‘Ali ibn Abi Talib fut la deuxième personne à embrasser l’islam. Il n’avait alors que dix ans et avait été élevé, depuis son plus jeune âge, sous la tutelle du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). La charge de l’enfant lui avait été transmise par son oncle, Abou Talib, et il l’avait gardé près de lui depuis l’époque où une grave famine s’était abattue sur Qouraish.1 Le troisième à embrasser l’islam fut Zayd ibn Harithah2, un ancien esclave que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait affranchi et adopté comme fils.

ABOU BAKR EMBRASSE L’ISLAM

Après la conversion de Zayd, celle d’Abou Bakr ibn Abi Qouhafa fut d’une portée significative. Ce marchand au tempérament sociable était connu pour sa modération et sa prudence, pour son bon caractère et sa gentillesse, et il jouissait d’une grande réputation pour sa connaissance très approfondie de la généalogie du peuple de Qouraish et pour son expertise dans le domaine commercial. Aussitôt après sa conversion, il se mit à prêcher l’islam à tous ceux qui étaient associés avec lui en affaires, ainsi qu’à toute personne qui venait lui rendre visite. 3

L’ÉLITE DE QOURAISH TROUVE LA FOI

L’éloquent homme d’affaires parvint à convaincre une partie de l’élite de Qouraish de croire à la mission de Mohammed. Parmi ceux qui acceptèrent l’islam à l’invitation d’Abou Bakr se trouvaient ‘Outhman bin Affan, Zoubayr bin Al ‘Awwam, ‘Abdoul Rahman bin Aouf, S’ad bin Abi Waqqas et Talha bin ‘Oubaydoullah. Abou Bakr les amena tous chez le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), où ils embrassèrent l’islam.1

Petit à petit, d’autres citoyens respectables de la Mecque eurent connaissance de la mission du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), et parmi ceux qui embrassèrent l’islam à la suite des huit premiers, nous retrouvons Abou ‘Oubayda bin al-Jarrah, Al-Arqam, ‘Outhman bin Maz’oun, ‘Oubaydah bin al-Harith bin Abdoul Mouttalib, Sa’id bin Zayd, Khabbab bin Al-Aratt, ‘Abdoullah bin Mas’oud, ‘Ammar bin Yasir et Souhayb bin Sinan.

À partir de ce moment, les gens se mirent à embrasser l’islam en grand nombre. Provenant de différentes tribus et familles, ils venaient se convertir en groupes et bientôt, la nouvelle se répandit à travers toute la Mecque que Mohammed (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) enseignait une nouvelle religion aux gens.2

SUR LE MONT SAFA

Trois années s’étaient écoulées depuis que le Messager avait reçu la toute première révélation; durant tout ce temps, il s’était fait discret et avait évité toute sortie publique. Mais voici qu’Allah lui ordonnait maintenant de prêcher ouvertement la vérité:

«Expose donc clairement ce qu’on t’a commandé et détourne-toi des associateurs.» (Coran 15:94)

«Et avertis les gens qui te sont les plus proches. Et abaisse ton aile [sois bienvaillant] pour les croyants qui te suivent.» (Coran 26:214-15)

«Et dis: «Je suis un avertisseur évident.» (Coran 15: 89)

Il reçut donc l’ordre de se faire connaître aux peuples de la terre. Il grimpa sur le mont Safa, duquel il héla les gens: «Ya Sahabah!». Cet appel était familier aux Arabes, car il était souvent utilisé pour les convoquer dans le but de les préparer à une attaque surprise de l’ennemi. Le cri alarmant rassembla rapidement tout Qouraish autour du Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), et ceux qui étaient incapables de s’y rendre envoyèrent des intérimaires. Regardant, tout en bas, les hommes qui attendaient les yeux rivés sur lui, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit:

«Ô fils d’Abdoul Mouttalib! Ô fils de Fihr! Ô fils de K’ab! Si je vous disais que de l’autre côté de cette montagne des cavaliers viennent vers vous dans l’intention de vous attaquer, me croiriez-vous?» Les Arabes étaient des gens à l’esprit pratique, possédant un sens profond de la logique qui n’admettait ni les «si» ni les «mais». Devant eux se tenait un homme qu’ils avaient toujours connu candide, honnête et digne de confiance, et qui en ce moment même, jouissait d’une vue parfaite de chaque côté de la montagne. Par ailleurs, l’arrière de la montagne leur était complètement caché. Leur intelligence et leur compréhension, leur expérience passée avec l’homme qui s’adressait à eux et leur raison les menèrent tous à une seule et même conclusion. Ils répondirent unanimement: «Oui, nous te croirions certainement!»

UN PUISSANT ARGUMENT

La sincérité et la fiabilité absolues du Messager d’Allah constituaient les premiers et plus essentiels facteurs pour que sa mission soit favorablement accueillie. Le but de la question posée par le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) était donc, en quelque sorte, de s’assurer que son peuple reconnaissait ces qualités chez lui. Cela fait, il leur dit: «Et bien, j’ai été envoyé en avertisseur, avant qu’un sévère châtiment ne s’abatte sur vous.» Les prophètes d’Allah sont dotés d’une connaissance des réalités imperceptible, qui ne peut être exprimée par le langage humain. La méthode utilisée par le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) pour leur expliquer le concept de prophétie, ainsi que sa nature, était des plus efficaces. Il s’agissait sans aucun doute de la méthode la meilleure et la plus simple pour leur faire comprendre la véritable signification de la prophétie, ainsi que toute sa portée, méthode dans laquelle la façon métaphorique d’exprimer une si complexe réalité était sans parallèle dans les enseignements de tout autre prophète du passé. Les gens de Qouraish furent tellement saisis par les paroles du Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) que pendant un moment, ils restèrent muets et immobiles. Finalement, Abou Lahab rassembla son courage et s’exclama: «Puisses-tu périr! C’est pour cette raison que tu nous as rassemblés ici?».[1]

LE DÉBUT DES PERSÉCUTIONS

À partir de ce moment, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) se mit à prêcher l’islam ouvertement dans les rues de la Mecque. Les gens de Qouraish, cependant, demeuraient froids et indifférents à son égard; n’ayant pas l’impression que leur religion fût en jeu, ils ne se retournaient pas contre lui. Ils ne se souciaient même pas de réfuter les dires du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Mais lorsque ce dernier commença à critiquer leurs divinités, ils se sentirent offensés et décidèrent de s’opposer à lui. Mohammed (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) aurait été à la merci des radicaux de la Mecque si ce n’avait été de l’intervention de son oncle, Abou Talib, qui se porta à sa défense, tout en continuant à le traiter avec gentillesse. Déterminé à prêcher activement la religion qui lui était révélée, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) continua à appeler les gens à l’islam. Rien ne pouvait l’arrêter, tout comme rien ne pouvait dissuader Abou Talib de protéger son neveu qu’il aimait plus que ses propres fils.

L’INQUIÉTUDE D‘ABOU TALIB

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) était maintenant devenu le problème qui préoccupait le plus l’esprit des membres de Qouraish. Ils s’entretinrent et se consultèrent sur la façon de faire face au danger que représentait le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Enfin, le leader de Qouraish alla voir Abou Talib et s’adressa à lui en ces termes: «Ô Abou Talib, tu as atteint un âge vénérable et nous te tenons en haute estime. Nous t’avions demandé de retenir ton neveu, mais tu n’en as rien fait. Par Allah, nous ne pouvons tolérer plus longtemps de voir nos aînés dénoncés, nos dieux insultés, et d’être nous-mêmes qualifiés de frivoles et d’ignares. Alors soit tu le retiens, soit nous vous combattrons tous deux jusqu’à ce que l’un de nous périsse.» 1

Suite à ces paroles, l’ancien leader de la Mecque demeura plongé dans ses pensées, peiné de cette division avec son peuple et de l’hostilité de ces gens à son égard, mais déterminé à ne paslaisser tomber son neveu et encore moins à le remettre entre les mains de ses ennemis. Il envoya donc chercher son neveu et lui dit: «Fils de mon frère, ton peuple est venu me voir et m’a menacé de terribles conséquences si tu continues de prêcher ta religion. Épargne ma vie et la tienne et ne m’impose pas un fardeau plus lourd que ce que je peux supporter.» Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) crut que son oncle ne voulait plus le protéger et qu’il avait l’intention de le remettre entre les mains de ses ennemis. Il répondit: «Ô mon oncle! Par Allah, s’ils plaçaient le soleil dans ma main droite, la lune dans ma main gauche et qu’ils me demandaient de laisser tomber, je ne m’arrêterais pas jusqu’à ce qu’Allah rende cette religion victorieuse ou que je meure pour sa cause.»

Des larmes s’échappèrent des yeux du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Le cœur lourd, il se leva pour partir. Mais Abou Talib ne put supporter de voir son neveu dans cet état. Avant que ce dernier n’atteigne le seuil, il s’écria: «Reviens, mon neveu!» Et lorsque ce dernier revint vers lui, Abou Talib lui dit: «Va où tu veux et dis ce que tu veux. Par Allah, je ne te livrerai jamais à tes ennemis.» 1

LES PERSÉCUTIONS ACTIVES COMMENCENT

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) continua à prêcher le message d’Allah avec autant d’ardeur. Les Mecquois avaient maintenant renoncé à forcer Abou Talib à leur livrer Mohammed et ils n’avaient aucun moyen d’arrêter ce dernier. Leur colère grandit tant qu’ils se mirent à inciter les tribus contre ceux de leurs membres qui avaient accepté l’islam et qui n’avaient personne pour les protéger. Chaque tribu commença à réprimer les musulmans en son sein; ils furent battus et enchaînés, privés d’eau et de nourriture et forcés à s’étendre sur le sable brûlant, sous la chaleur torride du soleil d’Arabie.

Bilal était un esclave qui avait embrassé l’islam. Oumaya bin Khalaf, son maître, l’amenait chaque midi à l’extérieur et le jetait sur le dos, sur le sable brûlant. Il ordonnait ensuite que l’on place une énorme pierre sur la poitrine de Bilal et il lui disait alors: «Par Allah, tu resteras dans cette position jusqu’à ce que tu meures ou que tu renies Mohammed et adore les idoles al-Lat et al-Ouzza.» Mais Bilal endurait la torture et répétait sans cesse: «Un, un.» (faisant ainsi référence à l’unité d’Allah).

Un jour, Abou Bakr vit Bilal être torturé par son maître. Sentant la conviction profonde qui animait Bilal, il donna à son maître un autre esclave et acheta Bilal à qui il rendit immédiatement la liberté.1

Ammar bin Yasir et ses parents avaient eux aussi accepté l’islam. Les membres de Bani Makhzoum les faisaient sortir au soleil au moment le plus chaud de la journée et les harcelaient pour qu’ils abandonnent leur foi. Si le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) passait par là et voyait ce qui leur arrivait, il leur disait: «Patience, ô famille de Yasir, patience. Votre destination finale sera le Paradis.» Ils endurèrent des persécutions de toutes sortes jusqu’à ce que la mère de Ammar soit tuée après avoir refusé, pour une énième fois, de renier l’islam. 2

Mous’ab bin ‘Oumayr était le jeune homme le plus élégamment vêtu de toute la Mecque. Sa mère, qui possédait une fortune considérable, l’avait élevé dans le luxe. Il portait les vêtements les plus coûteux, se parfumait avec les meilleurs parfums et ne portait que des chaussures importées de Hadramaut, qui était alors reconnue pour sa fabrication de cuir de qualité. On rapporte que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit une fois à son sujet: «Je n’avais vu, à la Mecque, aucun jeune homme plus élégant, mieux habillé, et qui avait été élevé dans autant de confort et de luxe que Mous’ab bin ‘Oumayr.» Ce jeune homme, donc, apprit un jour que Mohammed prêchait une nouvelle religion dans la maison d’al-Arqam. Ce n’est que sa curiosité qui le poussa à vouloir rencontrer cet homme; mais lorsqu’il revint, il était un véritable croyant. Cependant, il ne déclara pas ouvertement sa nouvelle foi et continua à rencontrer le Messager en secret. Une fois, ‘Outhman bin Talha le vit faire une prière et révéla son secret à sa mère et aux membres de sa tribu. Il fut immédiatement emprisonné et enchaîné jusqu’à ce que les premiers musulmans commencent à émigrer en Abyssinie et qu’on le laisse partir avec eux. Lorsqu’il revint d’Abyssinie en compagnie des autres réfugiés, il était un tout autre homme. Il avait renoncé à ses caprices et à son élégance et leur avait substitué une simplicité si fruste que sa mère, désemparée, n’eut d’autre choix que de le laisser faire plutôt que de l’accabler de reproches. 1

Terrifiés par les cruelles attaques dont étaient alors victimes les musulmans à la Mecque, certains étaient allés chercher protection auprès d’amis qui étaient demeurés polythéistes. L’un d’entre eux, ‘Outhman bin Mazoun, qui était sous la protection de Walid bin al-Moughira, finit par se sentir honteux de chercher secours auprès d’un autre qu’Allah; il y renonça donc. Peu de temps après, il eut une violente dispute avec un polythéiste qui le frappa si durement au visage qu’il en perdit un œil. Témoin de la scène, Walid bin al-Moughira lui dit: «Outhman, par Allah! Ô fils de mon frère! Ton œil était protégé contre cette blessure et tu étais totalement à l’abri.» «Non, par Allah!» répondit Outhman, «celui de mes yeux qui est intact attend avec impatience de connaître le même sort que l’autre dans le chemin d’Allah. Ô Abou Shams, je suis tout proche de Celui qui est infiniment supérieur à toi en termes d’honneur et de gloire, et je suis sous Sa protection.» 1

Lorsque ‘Outhman bin ‘Affan embrassa l’islam, son oncle Hakam bin Abi al-As bin Oumayya l’enchaîna solidement et lui dit: «As-tu renié la foi de tes ancêtres pour une nouvelle religion? Par Allah, je ne te libérerai pas avant que tu aies renié cette croyance.» ‘Outhman répondit fermement: «Par Allah, je n’y renoncerai jamais.» La fermeté que ‘Outhman démontrait dans sa conviction amena éventuellement son oncle à le désenchaîner. 2

Khabbab bin al-Aratt, un des compagnons du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) a raconté sa propre histoire en ces termes: «Quelques malappris de Qouraish vinrent, un jour, et m’empoignèrent. Ils allumèrent un feu et me traînèrent dedans, tandis qu’un des leurs me clouait au sol, par-dessus le feu, en me piétinant la poitrine.» Khabbab découvrit alors son dos sur lequel on pouvait voir des taches blanches semblables à celles des lépreux. 3

LE PROPHÈTE MALTRAITÉ PAR SON PEUPLE

Les efforts déployés par Qouraish pour détourner les compagnons du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) de leur nouvelle religion demeurèrent vains. Ils ne parvinrent pas, non plus, à empêcher le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) de prêcher son message. Ils devinrent extrêmement agacés et inquiets, puis consternés par l’ampleur que prenait rapidement la communauté musulmane. Ils en vinrent à exciter les gens contre le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), le traitant de menteur, de sorcier, de ségrégationniste et de poète; ils l’insultèrent et le harcelèrent de toutes les façons imaginables.

Un jour, alors que les notables de la Mecque s’étaient rassemblés dans le Hijr1, ils virent le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) qui arrivait dans le Sanctuaire. Et comme, tournant autour de la Ka’bah, il passait devant eux, ils le raillèrent et firent des remarques sarcastiques à son sujet. Ils firent de même lorsqu’il passa près d’eux la deuxième fois. La troisième fois, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) s’arrêta et dit: «M’écouterez-vous, ô Qouraish? Par Celui qui tient ma vie entre Ses mains, je vous apporte un grand massacre.» Ils furent tous abasourdis par ces paroles, au point où cela obligea certains à lui parler avec déférence et à lui présenter par la suite leurs excuses pour été si rudes avec lui.

Le jour suivant, lorsqu’ils se rassemblèrent dans le Hijr, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) apparut de nouveau. Humiliés par l’incident de la veille, ils se précipitèrent en masse sur lui. Alors qu’ils formaient cercle autour de lui, l’un d’eux tira de toutes ses forces sur le col de son vêtement et faillit l’étrangler. Abou Bakr, qui était présent, s’interposa entre eux et le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Et, les larmes aux yeux, il leur cria: «Tuerez-vous un homme uniquement parce qu’il reconnaît qu’Allah est son Seigneur?» En entendant cela, ils lâchèrent le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), mais se jetèrent sur Abou Bakr et le traînèrent par la barbe et les cheveux.

Une autre fois, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) eut à faire face à une épreuve encore pire, qui dura une journée entière. Tous les gens qu’il rencontra, ce jour-là, qu’ils fussent esclaves ou hommes libres, le maudirent ou le dénigrèrent, ou encore tentèrent de lui faire du mal de toutes les façons possibles. Lorsqu’il revint chez lui, il s’enveloppa dans ses vêtements à cause des tourments qu’il avait endurés toute la journée durant. C’est alors qu’Allah révéla les premiers versets de la sourah «al-Mouddattir» (74): «Ô toi (Mohammed)! Le revêtu d’un manteau! Lève-toi et avertis.» 1

LES SOUFFRANCES D’ABOU BAKR

Un matin, Abou Bakr fit une démarche audacieuse: il invita un rassemblement de païens à n’adorer qu’Allah et à reconnaître Son Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Mais ils se ruèrent sur lui furieusement et le tabassèrent sans pitié. ‘Outba bin Rabia lui infligea de si graves blessures au visage, avec une paire de chaussures, qu’il devint impossible, par la suite, de distinguer ses yeux de son nez tant son visage était enflé.

Abou Bakr perdit connaissance et fut ramené chez lui par des gens de sa tribu (Banou Taym); il se trouvait alors dans une condition très précaire, sa vie ne tenant qu’à un fil. Il reprit connaissance en fin d’après-midi et ses premières paroles furent pour demander si le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) était sain et sauf! Sa famille, mécontente, le réprimanda de poser une telle question alors que c’était, selon elle, à cause de cet homme qu’il avait subi de telles blessures. Alors, haussant à peine la voix, il répéta sa question à Oumm Jamil, qui avait elle aussi accepté l’islam. Oumm Jamil fit un signe en direction de sa mère (à lui) qui se tenait près d’elle, mais Abou Bakr insista pour avoir des nouvelles du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), l’assurant qu’elle pouvait parler en présence de sa mère. Alors Oumm Jamil lui dit que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) allait bien, mais Abou Bakr voulu s’en assurer lui-même. Il dit: «J’ai fait le vœu de ne rien manger tant que je n’aurai pas vu le Prophète moi-même.» Les deux femmes attendirent donc que tous les visiteurs soient partis pour amener Abou Bakr chez le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), qui fut très ému de le voir dans un état aussi pitoyable. Il pria pour la mère d’Abou Bakr et l’invita à accepter l’islam. On rapporte qu’elle s’empressa tout de suite de prêter serment d’allégeance au Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). 1

QOURAISH DANS LE PÉTRIN

Au fur et à mesure qu’augmentait le nombre de musulmans, la colère et l’inimitié de leurs persécuteurs augmentait de même. Les notables de Qouraish ne savaient plus qu’inventer pour empêcher les gens de suivre le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et ses enseignements; ils désespéraient de les convaincre de se tenir à l’écart de lui et de ne pas tenir compte de ses propos. La Mecque était un centre commercial fréquenté par des tribus venant des environs comme de régions plus éloignées et durant le Hajj, ou durant la période le précédant, plusieurs de ces tribus étaient attendues. On souhaitait donc que ces gens, une fois à la Mecque, soient tenus le plus possible à l’écart de Mohammed (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), de crainte qu’ils ne viennent à entendre ses sermons et que par la suite, ils réfléchissent ou méditent sur les propos entendus. Ils allèrent chercher conseil auprès de Walid bin al-Moughira, qui était un homme âgé et très estimé. Il leur dit: «Ô peuple de Qouraish! La période du Hajj arrive bientôt et de nombreuses délégations d’Arabes convergeront vers la Mecque. Ils ont tous entendu parler de cet homme (Mohammed); alors vous devrez trouver un terrain d’entente afin de ne pas vous contredire devant les gens.» Différentes suggestions furent avancées, mais aucune ne reçut l’assentiment de Walid. On lui demanda enfin de proposer une issue. Il dit: «À mon avis, vous arriverez plus facilement à convaincre les gens si vous le présentez comme un sorcier. Vous devriez leur dire qu’il prêche un message qui crée des divisions entre pères et fils, des brouilles entre frères et des séparations entre maris et femmes, et que des familles entières se désunissent sous son influence.»

Ses interlocuteurs se montrèrent satisfaits de ce stratagème. Lorsque la saison du Hajj débuta, ils s’installèrent à différentes entrées de la ville afin d’avertir tous les visiteurs de rester à l’écart de Mohammed (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), répétant à tous les paroles qu’ils avaient convenu de dire. 1

LA CRUAUTÉ DE QOURAISH

Les persécuteurs du Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) étaient rongés par la rancune et faisaient montre d’un total mépris de toute considération humanitaire, et même familiale; ils se plaisaient à raffiner leurs tortures pour les rendre plus cruelles et leurs abus suffisaient à polluer l’asile sacré, considéré comme le plus saint de tous les sanctuaires par les Arabes.

Un jour, alors que le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) priait devant la Ka’bah, un groupe de Qouraish vint s’installer dans le sanctuaire. ‘Outba bin Abou Mou’ayt apporta un fœtus de chameau; et lorsque le Messager se prosterna dans sa prière, il jeta le fœtus sur son dos et ses épaules. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) resta prosterné jusqu’à ce que sa fille, Fatima, accoure et l’en débarrasse. Elle invoqua la malédiction sur celui qui avait fait cela et son père fit de même. 1

HAMZA EMBRASSE L’ISLAM

Once, Abu Jahl happened to pass by the Prophet (peace and blessings of Allah be upon him) near the mount of Safa. He insulted the Apostle and heaped all manners of indignities upon him but the Apostle of God did not mind at all. After a little while, Hamza returned from a hunting spree with his bow hanging by his shoulder. Hamza was essentially a warrior, the bravest and the most courageous amongst the Quraysh. A slave woman belonging to ‘Abdallah b. Jad’an told him what had happened to his nephew. Hamza angrily turned back to the holy Mosque where Abu Jahl was sitting with his friends. Going straight to Abu Jahl, Hamza proceeded to strike his bow upon his head, saying, “Would you dare to insult and abuse him when I follow his religion and say what he says?” Abu Jahl kept quite while Hamza, returning to his nephew, declared himself a convert to Islam. The Quraysh were put to a great loss by the conversion of a man of unquestionable character and legendary courage.1

Une fois, Abou Jahl se trouva à passer près du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), alors que ce dernier était près du mont Safa. Il insulta le Messager, l’abreuva de toutes sortes d’invectives, mais ce dernier l’ignora complètement. Peu après, Hamza, l’oncle du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) revenait de chasse, son arc à l’épaule. C’était un guerrier, le plus brave et le plus courageux de Qouraish. Un esclave appartenant à ‘Abdallah bin Jad’an lui raconta ce qui était arrivé à son neveu. Furieux, Hamza se tourna en direction de la Mosquée sainte où Abou Jahl était assis en compagnie de ses amis. Fonçant sur lui, il se mit à le frapper à la tête avec son arc en disant: «Comment oses-tu l’insulter alors que je pratique sa religion et que je dis ce qu’il dit?» Abou Jahl resta silencieux. Hamza, de son côté, alla voir son neveu et se déclara musulman. Le peuple de Qouraish subit une grande perte par la conversion de cet homme au caractère droit et au courage légendaire. 1

LA PROPOSITION DE ‘OUTBA AU PROPHÈTE

Le nombre de personnes qui embrassaient l’islam grandissait chaque jour, menaçant de faire tourner le vent contre Qouraish qui, en tant que tribu, avait choisi de rester à l’autre extrémité du spectre spirituel; la situation leur apparaissait donc comme extrêmement embarrassante. Toutefois, ils demeuraient impuissants à endiguer la marée montante de l’islam. ‘Outba bin Rabia, le vieil aristocrate de Qouraish, comprit qu’il devait trouver un moyen de se raccommoder avec le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Il consulta les notables de Qouraish afin de s’entendre avec eux sur certaines concessions qu’ils pourraient faire au Prophète pour que ce dernier renonce à sa mission. Ils furent d’accord avec cette proposition et lui permirent de négocier en leur nom avec le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).

‘Outbah alla donc voir le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et s’assit près de lui. Puis il lui dit: «Ô mon neveu, tu sais l’estimable position dont tu jouis parmi nous. Mais tu as créé des divisions parmi ton peuple en les ridiculisant, en insultant leurs dieux et leur religion, en traitant leurs ancêtres de païens et en rejetant leurs coutumes. Maintenant, écoute-moi: je vais te faire quelques propositions en espérant que l’une d’elles te paraîtra acceptable.» «Ô Abou Walid» 1, répondit le Prophète, «vas-y, je t’écoute.» ‘Outbah poursuivit: «Mon neveu, si c’est la richesse que tu recherches, nous te donnerons assez de biens pour que tu deviennes le plus riche d’entre nous. Si c’est l’honneur et la puissance que tu recherches, nous ferons de toi notre chef et te laisserons libre de prendre toutes les décisions. Si tu aspires à la royauté, nous te ferons monarque. Et s’il se trouve que tu es possédé par un esprit ou par un djinn contre lequel tu ne trouves aucun remède, nous te trouverons un médecin compétent et dépenserons notre argent sans compter pour que tu recouvres complètement la santé.» Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) l’écouta patiemment. Lorsque ‘Outbah eut terminé, il lui demanda: «Est-ce là tout ce que tu avais à me dire?» ‘Outbah répondit: «Oui.» «Alors maintenant, écoute-moi,» dit le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui): «Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux»… Il mit ses mains derrière lui et s’y appuya, puis il poursuivit en récitant la sourah Foussilat2 et termina sa récitation à un verset de prosternation. 3 Il se prosterna, puis dit à ‘Outbah: «Abou Walid: tu as entendu ce que tu as entendu. C’est maintenant à toi de décider.»

Lorsque les notables de Qouraish virent ‘Outbah qui revenait, ils se dirent entre eux: «Il nous revient avec une expression changée sur son visage.» Et lorsqu’il fut devant eux, ils lui demandèrent ce qui s’était passé. Il leur dit: «Je viens d’entendre des paroles comme je n’en avais jamais entendu auparavant. Je jure par Allah, ô Qouraish, que ce ne sont pas des incantations, ni de la poésie ni de la sorcellerie. Suivez mon conseil et laissez cet homme tranquille.» Ils réprimandèrent vertement ‘Outbah, qui répliqua: «Maintenant, faites ce que vous voulez.» 1

DES MUSULMANS ÉMIGRENT EN ABYSSINIE

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) voyait ses fidèles défendre leurs convictions en dépit des persécutions dont ils étaient victimes, et il en était très attristé. Et comme il ne pouvait rien faire pour les protéger, il leur recommanda d’émigrer au pays du gouverneur chrétien, Negus d’Abyssinie, qui était réputé juste et bienvaillant. C’était un pays accueillant, disait le Prophète, où les musulmans pourraient demeurer jusqu’à ce qu’Allah les soulage de leur affliction et améliore leur situation.

Suite à ces recommandations, dix musulmans quittèrent la Mecque pour l’Abyssinie. Il s’agissait de la première émigration de l’islam. ‘Outhman bin Maz’oun fut élu comme chef de ce premier groupe d’émigrants. Peu après, ce fut au tour de Jafar bin Abi Talib de quitter la Mecque, suivi d’autres musulmans qui émigrèrent les uns après les autres. Certains partirent seuls et d’autres, accompagnés de leur famille. On rapporte qu’environ quatre-vingt-trois personnes au total émigrèrent en Abyssinie. 1

QOURAISH POURSUIT LES MUSULMANS

La nouvelle que les musulmans vivaient en paix en Abyssinie parvint à la Mecque, rendant les membres de Qouraish encore plus déprimés et découragés. Ils décidèrent donc d’envoyer ‘Abdoullah bin Abou Rabia et ‘Amr bin Al ‘As bin Wail en tant qu’émissaires, les bras chargés de cadeaux pour Negus, ses nobles et ses chefs, afin de les convaincre de renvoyer les exilés à la Mecque. Les agents de Qouraish soudoyèrent d’abord les hommes de cour de Negus avec des cadeaux afin qu’ils défendent leur cause devant le roi. Dès qu’ils furent devant ce dernier, ils le comblèrent de cadeaux et lui dirent:

«Quelques jeunes idiots de notre tribu ont trouvé refuge dans votre pays, ô Majesté. Ils ont abandonné leur religion, mais non pas pour accepter la vôtre; ils en ont inventé une nouvelle que ni vous ni nous ne connaissons. Nos nobles (qui sont leurs aînés et tuteurs) nous ont envoyé ici afin de les ramener chez nous, car ils sont plus proches d’eux et connaissent bien leurs fautes.»

Les hommes de cour de Negus, qui avaient écouté, lui chuchotèrent en chœur: «Ils disent vrai, rendez-leur les réfugiés.». Mais Negus était furieux; il ne pouvait concevoir un seul instant de trahir des gens qui étaient venus chercher refuge chez lui. Il dit: «Non, par Dieu! Je ne les rendrai pas!» Par la suite, il convoqua les musulmans à sa cour en présence de ses évêques et leur demanda: «Quelle est cette religion pour laquelle vous avez abandonné votre peuple, puisqu’il ne s’agit ni de la mienne ni d’aucune autre qui soit connue?»

LA DESCRIPTION QUE FAIT JAFAR DE L’ISLAM ET DE L’IGNORANCE

Jafar bin Abi Talib, le cousin du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), se leva alors afin de donner à Negus une réponse détaillée à sa question. Il dit:

Ô Roi, nous étions un peuple peu éclairé et plongé dans l’ignorance. Nous adorions les idoles, nous mangions la chair d’animaux morts et nous commettions toutes sortes d’abominations: nous rompions les liens familiaux, nous causions du tort à nos voisins et les plus forts d’entre nous exploitaient les plus faibles. C’est ainsi que nous vivions, jusqu’au jour où Allah fit de l’un de nous Son Messager; nous savions depuis longtemps que cet homme était d’une lignée noble, qu’il était sincère, honnête et qu’il était doté d’un cœur pur. Il nous invita à reconnaître l’Unité d’Allah, à L’adorer et à renoncer aux pierres et aux idoles que nos ancêtres et nous-mêmes avions l’habitude de vénérer. Il nous ordonna de ne jamais dire que la vérité, d’honorer nos engagements, d’être bons et prévenants envers nos parents et voisins. Il nous ordonna de nous abstenir de toute corruption, de toute effusion de sang, d’impudeur, de mensonge ou de tromperie, de ne point toucher aux biens de l’orphelin ni de calomnier les femmes chastes. Il nous ordonna de n’adorer qu’Allah sans rien Lui associer, de payer la zakah et d’observer le jeûne. Nous avons reconnu sa sincérité et avons décidé de croire en lui; nous l’avons suivi et avons respecté tout ce qu’Allah lui révélait. Nous nous sommes mis à n’adorer qu’Allah sans rien Lui associer; nous avons considéré illicite ce qu’il nous interdisait et nous avons accepté ce qu’il nous présentait comme licite. À partir de ce moment, nous sommes devenus comme des étrangers parmi les nôtres; ils nous ont persécutés, ils nous ont contraints de retourner en arrière et de commettre à nouveau les abominations que nous avions l’habitude de commettre. Ils ont tenté par tous les moyens de nous détourner de notre nouvelle religion et de nous forcer à adorer de nouveau les idoles. Et lorsqu’ils se mirent à nous torturer, à exercer sur nous leur tyrannie et à s’interposer entre nous et notre religion, nous avons trouvé refuge chez vous, ayant préféré votre pays à plusieurs autres. Nous sommes venus ici, ô Roi, en quête de votre protection et nous espérons que nous ne serons pas traités injustement.

Negus écouta patiemment Jafar bin Abi Talib. Lorsque ce dernier eut terminé, il lui demanda si son Prophète lui avait apporté quelque révélation de la part d’Allah. Jafar répondit par l’affirmative. Negus lui demanda alors de lui en transmettre un exemple, ce sur quoi Jafar se mit à réciter les premiers versets de Sourah Maryam. En entendant cela, Negus se mit à pleurer jusqu’à ce que sa barbe en soit toute mouillée, tandis que ses évêques se mirent à sangloter jusqu’à ce que leurs parchemins, qu’ils tenaient entre leurs mains, soient mouillés également.

MALAISE CHEZ LES ÉMISSAIRES DE QOURAISH

«En vérité, ce que tu viens de nous réciter et ce avec quoi Jésus est descendu proviennent de la même lumière céleste.», dit Negus. Puis, se tournant en direction des émissaires de Qouraish, il dit: «Vous pouvez disposer. Par Dieu, je ne vous les livrerai jamais.» C’est alors que le judicieux poète parmi eux, ‘Amr bin al-‘As, porta un dernier coup, et quel coup, d’ailleurs, car il dit: «Ô Roi, ils soutiennent une chose terrible au sujet de Jésus, si terrible, en fait, que je n’ose la répéter devant vous.» Negus se tourna vers Jafar et lui demanda: «Quelle est cette chose que vous affirmez au sujet de Jésus?» Jafar répondit: «Nous disons ce que notre Prophète nous a enseigné, à savoir qu’il était une créature d’Allah, ainsi que Son prophète, de même que Son esprit et Son verbe, envoyé à la vierge Marie.» Negus se pencha et ramassa par terre un morceau de paille. Puis, il dit: «Par Dieu, votre description de Jésus fils de Marie ne diffère de la nôtre que par la longueur de ce fétu de paille. Negus traita honorablement les musulmans et leur promis sa protection. Les deux émissaires de Qouraish, découragés, quittèrent l’Abyssinie pleins d’humiliation, tandis que les musulmans y demeurèrent et continuèrent à y vivre en paix et en sécurité. 1

‘OMAR EMBRASSE L’ISLAM

Quelque temps après, l’islam fut encore renforcé par la conversion de ‘Omar.

‘Omar était l’un des nobles de Qouraish. Il était de stature imposante; il avait de larges épaules, il était grand, fort et vaillant. Il était craint et respecté de tous. Souvent, le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait souhaité sa conversion; et il avait maintes fois imploré Allah de le guider sur le droit chemin.

Fatima bint al-Khattab, la sœur de ‘Omar, avait déjà accepté l’islam, imitée peu de temps après par son mari, Sa’id bin Zayd. Mais tous deux avaient gardé le secret, craignant la violente réaction de ‘Omar s’il venait à l’apprendre. Ils savaient que ce dernier était un fervent fidèle de la religion de ses ancêtres et qu’il nourrissait une profonde aversion envers cette nouvelle religion qui gagnait en popularité. Khabbab bin Aratt enseignait secrètement le Coran à Fatima bint al-Khattab après la conversion de cette dernière. De son côté, ‘Omar planifiait de tuer le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Un jour, il sortit de chez lui une épée suspendue à son cou, à la recherche d’une maison près de as-Safa où il avait entendu dire que se rassemblaient le Messager et ses fidèles. Nou’aym bin ‘Abdoullah, qui appartenait à la même tribu que ‘Omar (Bani ‘Adiy) et qui avait déjà accepté l’islam, vit passer ce dernier, armé et manifestement furieux. Il lui demanda où il allait et ‘Omar lui répondit: «Je suisà la recherche de Mohammed et si je le trouve, je le massacre; il a abandonné notre religion, détruit l’unité de Qouraish, il nous a ridiculisés et a calomnié nos divinités. Aujourd’hui, j’ai décidé de régler tout cela une fois pour toutes.» Nou’aym lui répondit: «La colère t’a rendu aveugle; ne serait-il pas préférable de mettre de l’ordre dans ta propre famille avant tout?» Cette remarque décontenança ‘Omar. Il demanda: «De quelles personnes de ma famille parles-tu?» Nou’aym répondit: «Ton beau-frère et cousin Sa’id bin Zayd, ainsi que ta sœur, Fatima. Ils ont prêté serment d’allégeance à Mohammed et embrassé sa religion. Tu ferais mieux de t’occuper d’eux d’abord.»

‘Omar se précipita chez sa sœur. Pendant ce temps, Khabbab était entrain de lire Sourah Ta Ha1 au couple à partir d’un manuscrit qu’il avait apporté. Lorsqu’ils entendirent les pas de ‘Omar, Khabbab alla se cacher dans une petite pièce contiguë tandis que Fatima dissimulait le manuscrit sous ses cuisses. Mais ‘Omar avait entendu Khabbab réciter et il demanda, en entrant dans la maison: «Quel était cet absurde murmure que j’entendais?» «Rien», répondirent-ils en chœur, «tu n’as rien entendu.» «Si, j’ai parfaitement entendu», répondit-il, «et je sais que vous avez tous deux joint la secte de Mohammed!» Sur ces mots, il se jeta sur son beau-frère. Fatima se précipita pour défendre son mari, mais ‘Omar la frappa si fort qu’il la blessa jusqu’au sang.

Tout cela se passa très rapidement. Puis mari et femme, prenant leur courage à deux mains, affirmèrent: «Oui, nous sommes musulmans. Nous croyons en Allah et en Son Messager. Maintenant, fais ce que tu veux.» ‘Omar vit le sang sur le visage de sa sœur; la honte se substitua à sa colère et au fond, il l’admira pour son courage. Une fois calmé, il demanda à voir le manuscrit qu’il avait entendu Khabbab réciter. Il dit: «Montre-moi ce manuscrit. Je veux savoir ce qui a été révélé à Mohammed.» ‘Omar savait parfaitement lire et écrire. Néanmoins, Fatima répondit: «J’ai peur de ce que tu pourrais en faire.» Alors ‘Omar, très sincère, lui promis de ne pas le détruire. De son côté, elle croyait possible qu’après la lecture du manuscrit, son frère change d’avis au sujet de l’islam. Alors poliment, mais avec fermeté, elle lui dit: «Mon frère, tu es en état d’impureté à cause de ton polythéisme et seuls les purifiés peuvent y toucher.» ‘Omar se leva et alla prendre un bain. Lorsqu’il revint, sa sœur lui donna le manuscrit sur lequel était inscrite la sourah Ta Ha. Alors qu’il n’en avait lu que quelques lignes, il leva la tête et s’exclama, étonné: «Comme est noble et sublime ce discours!»

Sur ce, Khabbab sortit de sa cachette et dit: «Ô ‘Omar, j’espère qu’Allah te bénira à cause des supplications de Son Messager; car je l’ai entendu, pas plus tard qu’hier soir, implorer Allah avec ferveur en disant: «Ô Allah, renforce l’islam par Aboul Hakam1 ou par ‘Omar bin al-Khattab.» Et je vois maintenant que ‘Omar commence à craindre son Seigneur.»

‘Omar demanda à Khabbab de le conduire chez le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) afin qu’il puisse lui prêter serment d’allégeance. Khabbab lui indiqua le chemin de la maison d’as-Safa où se trouvait le Prophète avec ses compagnons. ‘Omar prit immédiatement son épée et se dirigea vers l’endroit indiqué sans perdre un instant. Lorsqu’il frappa à la porte, un des compagnons se leva et jeta un coup d’œil par une fente de la porte afin d’identifier le visiteur. En voyant ‘Omar avec son épée, il recula, terrifié, et dit: «Ô Messager d’Allah, ‘Omar bin al-Khattab est ici et il est armé de son épée!»

Hamza intervint et dit: «Laisse-le entrer. S’il vient avec une intention pacifique, alors pas de problème; mais si ce n’est pas le cas, nous le tuerons avec sa propre épée.» Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ordonna qu’on ouvre la porte et qu’on laisse entrer ‘Omar.

Comme ‘Omar entrait, le Prophète se leva et alla à sa rencontre. Puis le conduisant dans une pièce à part, il le saisit par le manteau et, le tirant plutôt violemment, il lui dit: «Pour quelle raison es-tu venu ici, ô fils de Khattab? Par Allah, je vois que quelque calamité va te frapper avant que tu ne reçoives la sommation finale.» Mais en toute soumission, ‘Omar répondit: «Ô Messager d’Allah, je suis venu attester ma foi en Allah, en Son Messager et en tout ce qui lui a été révélé de la part d’Allah.» Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) s’écria: «Allahou Akbar!» si fort que tous les compagnons présents dans la maison comprirent aussitôt que ‘Omar venait tout juste d’embrasser l’islam. 1

La conversion de ‘Omar constitua un tournant dans l’histoire de l’islam car elle eut pour effet de rendre les musulmans beaucoup plus confiants et de les renforcer. Hamza avait déjà embrassé l’islam et maintenant, avec la conversion de ‘Omar, les musulmans savaient que les gens de Qouraish allaient devenir de plus en plus agités. Cette nouvelle conversion les avait d’ailleurs rendus particulièrement amers. Aucun de ceux qui avaient embrassé l’islam auparavant n’avait provoqué de telles émotions ni créé une telle agitation et un tel impact.

‘Omar proclama ouvertement sa nouvelle foi. Les gens de Qouraish tentèrent de s’attaquer à lui, mais ils le trouvèrent tout aussi prêt à se battre. Finalement, intimidés par sa force légendaire, ceux qui tenaient à leur vie n’osèrent pas provoquer de duel avec lui et décidèrent de s’en tenir à l’écart. 1

LE BOYCOTT DE BANI HASHIM

La propagation de l’islam parmi les tribus envenima davantage la situation et fit croître la colère et le ressentiment de Qouraish. Ils se réunirent et décidèrent d’un décret dont le but était d’ostraciser Bani Hashim et Bani ‘Abdoul Mouttalib. Il fut décrété que nul n’aurait plus le droit d’épouser une femme provenant de l’un de ces deux clans ni de leur donner des femmes en mariage, et que nul n’aurait plus le droit d’acheter d’eux ni de leur vendre quoi que ce soit. Ayant solenellement déclaré leur accord sur ces points, ils couchèrent cet accord sur papier et le parchemin fut suspendu au mur de la Ka’bah afin de le faire passer pour une sanction religieuse et le rendre ainsi obligatoire pour tous.

DANS LE SH’EB D’ABOU TALIB

Bani Hashim et Bani Abdoul Mouttalib rejoignirent Abou Talib après que l’embargo fut déclaré contre eux et se retirèrent dans une étroite vallée encaissée, ou wadi, connue sous le nom de Shi’b d’Abou Talib. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) en était maintenant à sa septième année de mission. Abou Lahab bin ‘Abdoul Mouttalib décida toutefois de se joindre à Qouraish, abandonnant sa famille et ses amis touchés par le boycott.

Des semaines et des mois s’écoulèrent, durant lesquels les membres de la tribu de Hashim vécurent la misère et la faim. Le boycott était imposé de façon si rigoureuse que le clan du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) était réduit à manger des feuilles d’acacia et que les pleurs des enfants affamés résonnaient dans toute la vallée. Les caravanes pouvaient passer sans encombre à travers les rues de la Mecque, mais les marchands avaient été avisés de ne rien acheter de ces deux clans ni de leur vendre quoi que ce soit. Cette situation eut pour résultat de tant faire augmenter les prix qu’il leur devint impossible de se procurer ne fut-ce que les choses essentielles.

Le décret fut appliqué pendant trois ans – trois années durant lesquelles Bani Hashim et Bani ‘Abdoul Mouttalib vécurent en exil et endurèrent les souffrances et les privations provoquées par le boycott. Cependant, tous les membres de Qouraish n’étaient pas aussi cruels envers eux; certains avaient bon cœur et dès qu’ils en avaient l’occasion, envoyaient secrètement de la nourriture aux exilés.

Durant ces trois années, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) prêcha sans cesse son message parmi les siens, et même aux étrangers lorsque l’occasion se présentait. Les membres de Bani Hashim, pour leur part, endurèrent toutes ces épreuves avec une patience et un courage exemplaires.

ABOLITION DU DÉCRET

La pitoyable condition des exilés finit par créer un sentiment général d’indignation contre le décret visant les bienvaillants et chaleureux fils du désert. Ce fut Hisham bin ‘Amr bin Rabi’a qui prit l’initiative de mettre un terme au boycott. Très estimé par les nobles de Qouraish, il était de nature aimable et avait bon cœur. Il s’adressa à d’autres personnes considérées et bien disposées et leur fit comprendre à quel point il était honteux de permettre qu’une telle tyrannie se prolonge encore. Finalement, Hisham réussit à convaincre quatre autres personnes et, tous les cinq, ils décidèrent de tenir tête jusqu’à ce que le décret soit annulé. Puis, un jour que les nobles de Qouraish s’étaient assemblés dans le sanctuaire, Zouhair, dont la mère, ‘Atika, était la sœur d’Abdoul Mouttalib, cria aux gens: «Ô gens de la Mecque! Continuerons-nous à manger et à boire alors que Bani Hashim est entrain de mourir de faim, incapable de vendre ou d’acheter? Par Allah, je n’aurai de cesse que ce décret cruel et injuste soit déchiré en menus morceaux!»

Abou Jahl tenta d’intervenir mais se rendit vite compte que tout le monde était contre lui. Mout’im bin ‘Adiy s’avança alors pour aller détruire le document, mais s’aperçut avec stupeur qu’il avait été entièrement dévoré par des fourmis blanches, à l’exception des mots «en ton nom, ô Allah». (Le Messager avait déjà dit à son oncle, Abou Talib, qu’Allah avait donné aux fourmis un pouvoir sur le document.)

Ce qui restait du document fut amené et jeté, ce qui mit un terme définitif au décret. 1

MORT D’ABOU TALIB ET DE KHADIJAH

Peu après la fin du boycott, au cours de la dixième année de sa mission, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) perdit son oncle, Abou Talib, et son épouse bien-aimée, Khadijah. Ils l’avaient tous deux aidé et protégé à chaque instant et ils avaient été fidèlement attachés à lui. Leur mort constitua une très grande perte pour le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) qui, à cette époque, était sur le point de faire face à de nombreuses adversités.

LA DOUCE MÉLODIE DU CORAN

Toufayl bin ‘Amr al-Dausi était un éminent poète, très apprécié des Arabes. Lorsqu’il vint à la Mecque, certains membres de Qouraish le mirent en garde contre le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Ils lui dirent, comme ils en avaient pris l’habitude, que Mohammed avait créé beaucoup de dissension au sein de Qouraish et qu’il devait donc faire attention de ne pas tomber, à son tour, dans son piège maléfique. Toufayl raconte:

Par Allah, ils se montrèrent si insistants que je décidai de ne point l’écouter ni de lui parler. J’allai jusqu’à me boucher les oreilles avec du coton avant de me rendre à la sainte mosquée. Là-bas, mes yeux aperçurent le Messager qui priait près de moi. Comme je me tenais tout près de lui, Allah me fit entendre une partie de sa récitation malgré le coton dans mes oreilles. Ce qu’il disait était noble et de toute beauté. Je pensai: «Que ma mère me maudisse», car je suis un poète et un connaisseur et que rien de bon ou de mauvais dans un discours ne m’échappe. Alors je me dis: «Pourquoi est-ce que je m’empêcherais d’écouter ce qu’il dit? Si c’est bon, alors je l’accepterai; et si c’est mauvais, je n’aurai qu’à le rejeter.»

Il rencontra le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) chez lui; ce dernier l’y avait invité pour lui faire embrasser l’islam et pour lui réciter du Coran. Toufayl embrassa donc l’islam et retourna dans sa tribu, déterminé à leur prêcher cette belle religion. Il refusa toute activité avec les membres de sa famille jusqu’à ce qu’ils déclarent leur foi en Allah et au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Ils devinrent tous musulmans et c’est ainsi que l’islam s’étendit à la tribu de Daus. 1

Abou Bakr avait pris l’habitude de prier à l’intérieur de sa maison. Mais n’étant pas satisfait, il eut l’idée de choisir un emplacement dans la cour de sa résidence où il se mit à accomplir ses prières et à réciter le Coran. Abou Bakr était sensible de nature et lorsqu’il récitait le Coran, il pleurait tout au long tandis que des jeunes, des esclaves et des femmes se réunissaient autour de lui pour écouter sa récitation. Les chefs de Qouraish s’inquiétèrent de l’effet persuasif de ces récitations sur les gens. Alors ils firent venir Ibn al-Doughounna, qui offrait sa protection à Abou Bakr. Lorsqu’il arriva, ils lui dirent: «Nous avons accepté la protection que tu as accordée à Abou Bakr à la condition qu’il prie à l’intérieur de sa maison. Mais voilà qu’il s’est récemment mis à prier à l’extérieur et nous craignons qu’il ne séduise nos femmes et nos enfants. S’il accepte de prier à nouveau dans sa maison, alors tant mieux; mais s’il refuse d’obéir, il peut oublier ta protection. Nous ne voulons pas te forcer à briser ta promesse, mais nous ne pouvons non plus lui permettre de continuer à prier à l’extérieur.»

Ibn al-Doughounna informa Abou Bakr de ce que les chefs de Qouraish lui avaient dit, ce à quoi Abou Bakr répondit: «Et bien je renonce à ta protection; la protection de mon Seigneur me suffit et me satisfait.» 2

EXPÉDITION À TA’IF

La mort d’Abou Talib marqua le début d’une période difficile pour le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Aucun membre de Qouraish n’avait jamais osé toucher au Messager du vivant d’Abou Talib, mais maintenant, cette contrainte n’existait plus. On se mit à lui jeter de la poussière sur la tête. Et pour empirer les choses, certains membres de Qouraish, poussés par le désir de s’imposer au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) se mirent à l’insulter, à se moquer de lui et à faire de constantes remarques sarcastiques sur l’islam. Comme il voyait que les païens n’avaient aucune intention de cesser leurs moqueries, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) songea à aller à Ta’if afin de demander l’aide de la tribu de Thafiq. Son intention était également de les inviter à l’islam, car il avait le pressentiment qu’ils seraient disposés à accepter son message. Il avait d’ailleurs de bonnes raisons de le croire, ayant passé une partie de son enfance dans la tribu de Bani S’ad, installée tout près de Ta’if.

Ta’if était une superbe ville. Après la Mecque, elle était celle dont la population et la prospérité étaient les plus importantes. Elle occupait une position enviable au sein de la Péninsule, comme en fait référence ce verset du Coran:

«Et ils dirent: «Pourquoi n’a-t-on pas fait descendre ce Coran sur un haut personnage de l’une des deux cités (la Mecque et Ta’if)?» (Coran, 43:31)

Ta’if était également un centre religieux; de nombreux pèlerins provenant des quatre coins du pays venaient y visiter son soi-disant «temple de al-Lat». Donc, d’une certaine façon, elle était en compétition avec la Mecque qui elle, abritait Houbal, le chef des déités d’Arabie. Ta’if était (et continue d’être, de nos jours) la station estivale de l’aristocratie mecquoise. Un poète Omeyade de la dynastie de Banou Omeya, ‘Omar bin Rabi’a, a dit, au sujet de sa bien-aimée:

«Tout l’hiver à la Mecque, elle vit comme un coq en pâte. Et l’été, elle le passe à Ta’if.»

Les habitants de Ta’if, qui jouissaient de nombreuses fermes et vignobles, étaient riches et prospères. Ils étaient devenus vaniteux et vantards, personnifiant cette description du Coran:

«Et Nous n’avons envoyé aucun avertisseur dans une cité sans que ses gens aisés aient dit: «Nous ne croyons pas au message avec lequel vous êtes envoyés.» Et ils dirent: «Nous avons davantage de richesses et d’enfants et nous ne serons pas châtiés.» (Coran, 34:34-5)

À Ta’if, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) rencontra d’abord les chefs et leaders de Thaqif, qu’il invita à l’islam; mais ces derniers furent fort discourtois envers lui. Non seulement lui répondirent-ils de façon insolente, ils allèrent jusqu’à inciter certaines bandes de voyous de la ville à le harceler sans relâche. Ces vauriens suivaient le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) tout en lui criant des insultes et en lui jetant des pierres, jusqu’à ce qu’il soit forcé de trouver refuge dans un verger. Il eut donc à endurer encore plus de persécutions à Ta’if qu’à la Mecque. Ces bandes de voyous se postaient sur le bord de la route et lui lançaient des pierres jusqu’à ce que ses jambes en soient ensanglantées. Ces oppressions découragèrent le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) au plus haut point. Dans cet état de dépression et en proie à un terrible sentiment d’impuissance, une prière vint à ses lèvres, dans laquelle il implora l’aide d’Allah:

«Ô Allah! À Toi seul je me plains de la faiblesse de mes moyens, de mon manque de ressources et de l’humiliation que les gens me font endurer. Tu es le plus miséricordieux, le Seigneur des faibles de ce monde et mon Seigneur à moi. À qui me confieras-Tu? À de lointains étrangers dont les visages se renfrognent à ma vue ou à un ennemi auquel Tu as confié mon sort? Si Tu n’es pas en colère contre moi, le reste m’importe peu. Mais j’avoue que Ton abondante faveur me rendrait les choses plus faciles. Je cherche refuge auprès de la lumière éclatante de Ton visage qui a dissipé toutes les ténèbres, et qui a permis d’établir de manière appropriée toutes les affaires de ce monde et du suivant, afin que Ta colère ne s’abatte pas sur moi. Je ne recherche que Ta satisfaction et Ton contentement car seul Toi me permets d’accomplir le Bien et m’évites de commettre le Mal. Et il n’y a de force ni de pouvoir qu’en Toi.»

Allah fit alors descendre l’ange des montagnes qui demanda au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) la permission de joindre les deux montagnes entre lesquelles était située la ville de Ta’if (afin que le peuple soit écrasé entre les deux et périsse), mais il répondit: «Non. Je garde espoir qu’Allah fera naître parmi eux des gens qui n’adoreront que Lui et qui ne Lui associeront rien.» 1

Profondément émus de la douleur du Messager, ‘Outbah et Shayba bin Rabi’a envoyèrent chercher ‘Addas, un de leurs jeunes esclaves chrétiens, et lui demandèrent d’apporter des grappes de raisins sur un plateau pour le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Lorsqu’il fut en présence de ce dernier, ‘Addas constata sa douceur et sa gentillesse, ce qui l’incita à accepter l’islam sur-le-champ. 2

Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) retourna alors à la Mecque, où les gens de Qouraish étaient plus que jamais opposés à lui, le raillant, le harcelant et l’assaillant jour après jour.

L’ASCENSION

C’est au cours de cette période que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) fut transporté, une nuit, à la Ka’bah et de là, au Temple de Salomon, à Jérusalem, là où l’on retrouve maintenant Masjid-al-Aqsa. Il fut ensuite porté jusqu’aux régions célestes où il vit les sept cieux, rencontra les prophètes du passé et fut témoin des extraordinaires signes de la majesté divine au sujet desquels le Coran dit:

«La vue n’a nullement dévié ni outrepassé la mesure. Il a bien vu certaines des grandes merveilles de son Seigneur.» (Coran, 53:17-18)

Si cet événement se produisait à ce moment précis, c’était pour conférer une certaine dignité au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), afin de le consoler et de le soulager de son sentiment de détresse provoqué par les persécutions des païens de Ta’if. Après l’Ascension, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) raconta l’événement aux gens autour de lui, mais les gens de Qouraish se moquèrent de lui et secouèrent la tête pour signifier que c’était là une chose inconcevable qui dépassait complètement l’entendement. Lorsque Abou Bakr les vit accuser le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) de mentir, il dit: «Qu’est-ce qui vous fait douter? S’il le dit, c’est que c’est vrai. Par Allah, il me dit que la révélation lui est descendue du ciel en l’espace d’un éclair, durant la nuit ou le jour, et j’atteste qu’il dit la vérité. Cela (la révélation) paraît pourtant bien plus inconcevable et difficile à croire que ce qui semble vous sidérer.» 1

LA VÉRITABLE SIGNIFICATION DE L’ASCENSION

La raison d’être de l’ascension n’était pas uniquement de faire connaître au Prophète de l’islam (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) le Royaume d’Allah dans les cieux et sur la terre. Bien plus que cela, cette ascension prophétique d’une très grande importance est reliée à d’autres réalités significatives et complexes d’intérêt majeur pour l’humanité. Les deux sourates coraniques Isra et An-Najm, révélées suite à ce voyage céleste, indiquent que Mohammed (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) a reçu la charge de prophétie pour les deux Maisons d’Allah, i.e. à Jérusalem et à la Mecque, et a été envoyé en tant que leader de l’est et de l’ouest de la race humaine tout entière et ce, jusqu’à la fin des temps. Comme héritier de tous les prophètes l’ayant précédé, il représente l’accomplissement et la perfection du développement religieux de l’humanité. Son voyage de nuit de la Mecque à Jérusalem signifie, de façon figurée, que sa personnalité est conforme à l’identité de Bait-oul-Haram2 et Masjid-oul-Aqsa3. Le fait que tous les prophètes se soient rangés derrière lui dans la Masjid-oul-Aqsa démontre que la doctrine de l’islam, prêchée par lui, est finale, universelle, et globale – i.e. qu’elle s’applique à toutes les classes et à toutes les époques de la société humaine.

En même temps, cet événement démontre le caractère compréhensif de la mission du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), le rôle important accordé à ses fidèles dans la propagation de l’islam, ainsi que le caractère distinctif de son message.

En réalité, l’ascension du Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) représente une ligne de démarcation entre les lois divines régionales et variables confiées aux prophètes du passé et les principes de foi globaux et durables confiés au chef universel de la race humaine. Si le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait été un guide régional ou un guide ne représentant que les intérêts d’un groupe déterminé, ou encore un leader national, le «sauveur» d’une race précise, ou un envoyé chargé de restaurer la gloire d’un peuple en particulier, nul n’aurait été besoin de l’honorer avec cette ascension aux cieux ou de lui faire connaître la face cachée des cieux et de la terre. Il n’aurait pas non plus été nécessaire de créer un nouveau lien entre les confins célestes du royaume divin et la terre. Si le message ne s’adressait qu’aux Arabes, les confins de la terre natale du Prophète, son environnement immédiat et son époque auraient amplement suffi, et nul n’aurait été besoin de détourner son attention vers une autre contrée ou un autre pays. Et son ascension jusqu’aux régions les plus sublimes des cieux et jusqu’au «Lotus de la limite», 1 de même que son voyage nocturne à Jérusalem et ensuite, au sein du puissant empire chrétien de Byzance n’auraient nullement été nécessaires.

L’ascension du Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) était une proclamation divine qu’il n’était pas de la race des leaders nationaux ou politiques dont les efforts et le travail se limitent à leur propre pays ou nation. Comme ils sont au service des nations ou des races auxquelles ils appartiennent et qu’ils sont des produits de leur époque, ils répondent aux besoins créés par une conjoncture particulière. Le Messager de l’islam (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), quant à lui, appartenait à la grande lignée des messagers d’Allah qui communiquent le message divin aux habitants de la terre et qui sont autant de liens entre Allah et Ses créatures. Leurs messages transcendent les limites du temps et de l’espace, des races, des couleurs, des pays et des nations, car leur raison d’être est d’apporter du bien-être à chaque homme ou femme, indépendamment de sa couleur, de sa race ou de son pays d’origine.

LES PRIÈRES OBLIGATOIRES

Au cours de l’ascension, Allah fit part au Messager de Sa décision de rendre obligatoire l’accomplissement de cinquante prières par jour pour lui et ses fidèles. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) implora Allah à plusieurs reprises afin qu’Il réduise le nombre de prières et ce, jusqu’à ce qu’Il les réduise au nombre de cinq. Allah déclara également que quiconque ferait correctement ses cinq prières quotidiennes serait récompensé pour les cinquante prières quotidiennes prescrites au départ.

DES TRIBUS SONT INVITÉES À ACCEPTER L’ISLAM

Peu après, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) commença à entrer en contact avec les membres des différentes tribus qui venaient à la Mecque pour accomplir le pèlerinage. Il leur expliquait en quoi consistait la doctrine de l’islam et sollicitait leur soutien dans sa mission. À plusieurs reprises, il leur dit: «Ô vous qui m’écoutez! J’ai été envoyé à vous en tant que Messager d’Allah et je vous invite à L’adorer, à ne rien Lui associer et à renier tout ce que vous avez élevé au même niveau que Lui. Croyez en Allah et en Son Messager et accordez-moi votre protection jusqu’à ce que j’aie terminé d’expliquer aux gens le message avec lequel Allah m’a envoyé.»

Chaque fois que le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait terminé de parler aux gens d’une tribu, Abou Lahab se levait et disait: «Ô vous qui écoutez! Cet homme veut vous voir renoncer à votre obéissance envers al-Lat et al-Ouzza, ainsi qu’envers vos alliés, les djinns. Et il veut vous voir échanger vos dieux pour la méchanceté et l’innovation qu’il a apportées. N’acceptez aucun ordre de lui et ne faites pas attention à lui.» 1

LE CHEMIN SEMÉ D’EMBÛCHES DE L’ISLAM

Le chemin menant à Allah et à l’islam était parsemé de graves dangers et quiconque songeait à l’emprunter devait se préparer à affronter maints obstacles. La Mecque était devenue une ville si peu sécuritaire pour les musulmans que se convertir à l’islam équivalait à mettre sa vie en jeu. L’histoire de la conversion d’Abou Dharr Ghifari, telle que racontée par ‘Abdoullah bin ‘Abbas, démontre à quel point il était devenu périlleux, à ce moment-là, de seulement rendre visite au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui):

Lorsque Abou Dharr entendit parler du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), il dit à son frère: «Va dans cette vallée et informe-toi, pour moi, sur cet homme qui se dit prophète et qui prétend recevoir des messages de là-haut. Écoute ce qu’il dit et rapporte-moi ses paroles.» Alors son frère sortit à la recherche du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), le trouva et écouta ce qu’il avait à dire. Puis, il retourna chez son frère et lui dit: «J’ai pu constater qu’il prêche les plus hauts principes de moralité et que son discours ne s’apparente nullement à la poésie.» Mais Abou Dharr lui dit: «Tes informations ne me satisfont pas.» Sur ce, il prit avec lui quelques provisions et une outre remplie d’eau et partit en direction de la Mecque. Sur place, il se rendit à la Ka’bah et y chercha le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), regardant dans toutes les directions car il ne le connaissait pas et trouvait inapproprié de s’informer de lui auprès des passants. Il passa là sa première nuit. Le lendemain, ‘Ali se rendit compte de sa présence et comprit qu’il s’agissait d’un étranger; il l’invita chez lui et Abou Dharr le suivit. Jusqu’au lever du jour, aucun ne posa de questions à l’autre.

Puis Abou Dharr retourna une fois de plus à la Ka’bah, avec ses provisions et son eau, et y passa toute la journée sans trouver personne qui ressemblât à l’idée qu’il se faisait du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), bien que ce dernier l’aperçut à quelques reprises. Le soir, ‘Ali passa près de lui et lui dit:«N’est-il pas temps qu’un homme sache où il va passer la nuit?» Sa remarque fit lever Abou Dharr, qui le suivit jusque chez lui sans qu’aucun ne pose de questions à l’autre. Le troisième jour, ‘Ali l’invita à nouveau à passer la nuit chez lui et Abou Dharr le suivit. Mais cette fois-ci ‘Ali demanda: «Ne me diras-tu pas ce qui t’a amené ici?»

Abou Dharr répondit: «Je ne le ferai que si tu me promets de me guider au bon endroit», ce à quoi ‘Ali consentit immédiatement. Alors Abou Dharr lui raconta tout. Lorsqu’il eut terminé, ‘Ali lui dit:«Écoute! Tout cela est vrai; il est véritablement le Messager d’Allah! Demain matin, tu me suivras. Si j’aperçois quelque danger sur le chemin, je ferai semblant de m’arrêter pour faire mes besoins. Mais si je ne m’arrête pas, suis-moi et entre là où j’entrerai.» Abou Dharr fit ce qui lui était ordonné; il suivit ‘Ali jusqu’à la maison du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et y entra avec lui. Puis, il écouta parler le Prophète et embrassa l’islam sur-le-champ. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui dit: «Retourne auprès des tiens et parle-leur de moi. Ensuite, attends mes ordres.» Abou Dharr répondit: «Par Celui qui tient mon âme entre Ses mains, je leur prêcherai haut et fort la vérité!» Puis il quitta la maison du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et se rendit à la Ka’bah où il cria à tue-tête: «J’atteste qu’il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah et que Mohammed est Son Messager!»

En entendant cela, les gens de la Mecque se ruèrent sur lui et le battirent tant qu’il s’écroula au sol. Al-‘Abbas, qui passait par là, vint s’agenouiller près de lui afin de constater son état, puis dit à ceux qui venaient de le battre: «Que la malédiction soit sur vous! Ne savez-vous pas qu’il appartient à la tribu de Ghifar et que vos routes marchandes en direction de la Syrie passent à travers cette région?» Puis il porta secours à Abou Dharr. Cet incident ne découragea pas Abou Dharr de recommencer, amenant les gens de la Mecque à se jeter à nouveau sur lui et Al-‘Abbas à lui porter secours une seconde fois. 1

LES DÉBUTS DE L’ISLAM CHEZ LES ANSAR

Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) rencontra quelques Ansar appartenant à la tribu de Khazraj, à ‘Aqabah, 2 lorsqu’il alla prêcher l’islam aux tribus durant le pèlerinage. Il leur parla d’islam et les invita à n’adorer qu’Allah. Il leur récita également quelques versets coraniques. Comme ces gens vivaient à Yathrib avec des juifs qui leur disaient souvent qu’un messager d’Allah devait bientôt faire son apparition, ils se dirent: «Par Allah, c’est exactement ce dont les juifs nous ont informés; personne ne doit prendre de l’avance sur nous!» Acceptant tout ce qu’il venait de leur dire au sujet de l’islam, ils embrassèrent l’islam immédiatement.

Ils dirent également au Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui): «Lorsque nous avons quitté notre peuple, il était encore plus divisé que tout autre peuple par les conflits et la haine. Peut-être Allah l’unira-t-Il par ton intermédiaire? Nous devons les encourager à accepter l’islam, comme nous venons de le faire, et si Allah les unit, alors aucune homme ne sera jamais honoré autant que toi.» 1 Ils retournèrent parmi les leurs à qui ils parlèrent du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), et ils les invitèrent à accepter l’islam. L’islam se propagea très rapidement à Médine, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune maison des Ansar où le nom du Messager ne fut prononcé. 2

LE PREMIER SERMENT D’AQABAH

Lors du pèlerinage de l’année suivante, douze hommes appartenant aux Ansar vinrent rencontrer le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) à ‘Aqabah. Ils prêtèrent serment au Messager de ne point commettre de vol, de ne pas tuer leurs enfants ni de s’adonner à la fornication, de lui obéir lorsqu’il leur ordonnerait de faire le bien et de ne jamais rien associer à Allah. Lorsqu’ils retournèrent à Médine, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) envoya Mous’ab bin ‘Oumayr avec eux afin d’enseigner le Coran etl’islam à leur peuple. C’est ainsi que ‘Oumayr vint à être appelé «le lecteur» à Médine, où il vivait avec As’ad bin Zourara et menait les prières. 1

LA RAISON POUR LAQUELLE LES ANSAR ONT ACCEPTÉ L’ISLAM

Le moment où Allah donna aux tribus de Aus et Khazraj2 (les deux tribus influentes de Yathrib) l’occasion de servir et de défendre l’islam était un moment critique. Rien n’était plus précieux, à ce moment-là, que d’accepter l’islam. Ils furent réellement privilégiés car ils surent, avec beaucoup de sagesse, choisir le moment le plus propice pour accueillir la religion d’Allah, ce qui leur donna l’opportunité de la défendre vaillament et d’avoir préséance, par la suite, sur toutes les autres tribus du Hijaz. Ils éclipsèrent totalement leurs compatriotes, car toutes les tribus d’Arabie, en général, et Qouraish, en particulier, s’étaient révélées totalement incapables de saisir cette occasion en or qui s’offrait à elles. «Et Allah guide qui Il veut vers le droit chemin.» (Coran, 2:213)

Par la volonté d’Allah, le Tout-Puissant, plusieurs causes et circonstances avaient amené les tribus de Aus et de Khazraj à embrasser l’islam. Ces tribus n’étaient point de la même trempe que Qouraish; les Aus et les Khazraj avaient bon cœur et bon caractère, et n’étaient pas affectés par la démesure, l’entêtement et l’arrogance comme l’étaient les gens de Qouraish. C’est pour cette raison qu’ils réagirent de façon ouverte et positive. Ils avaient hérité ces traits de leurs ancêtres, les Yéménites, au sujet desquels le Prophète avait dit, après avoir rencontré une de leurs délégations: «Les gens du Yémen sont venus vous visiter; ce sont les gens qui ont le cœur le plus tendre.» Ces deux tribus de Yathrib étaient originaires du Yémen car leurs ancêtres provenaient de ce pays. Louant les mérites de ces gens, Allah a dit, dans le Coran:

«Il appartient également à ceux qui, avant eux, se sont installés dans le pays et dans la foi, qui aiment ceux qui émigrent vers eux, et ne ressentent dans leurs cœurs aucune envie pour ce que ces immigrés ont reçu, et qui les préfèrent à eux-mêmes, même s’il y a pénurie chez eux.» (Coran, 59:9)

Une autre raison ayant amené ces tribus à accepter l’islam était leurs conflits incessants qui les avaient toutes deux épuisées. Usées par la fameuse bataille de Bou’ath1 qui s’était déroulée peu de temps auparavant, elles ne souhaitaient qu’une chose: la paix et l’harmonie. Elles voulaient à tout prix éviter une reprise des hostilités. Leur désir de paix était si intense que ces premiers musulmans de Médine dirent au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui): «Lorsque nous avons quitté notre peuple, il était encore plus divisé que tout autre peuple par les conflits et la haine. Peut-être Allah l’unira-t-Il par ton intermédiaire? Et si Allah les unit, alors aucune homme ne sera jamais honoré autant que toi.» Une fois, ‘Aisha affirma que la bataille de Bou’ath avait réellement été une intervention divine et une bénédiction en ce sens qu’elle avait servi de prélude à l’émigration du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) à Médine.

Qouraish, comme les autres tribus arabes, avait depuis longtemps perdu tout contact avec les prophètes et n’avait à peu près plus aucun souvenir de leurs enseignements. Ses membres, profondément plongés dans l’ignorance et l’idolâtrie en plus d’être complètement étrangers à l’art de la lecture et de l’écriture, étaient devenus des païens ultra-zélés. En fait, ils avaient même très peu de contacts avec les juifs et les chrétiens, les fidèles des prophètes et de leurs écritures (bien que ces dernières eussent été fort altérées depuis l’époque des prophètes). Le Coran fait référence à cette situation en ces termes:

«Pour que tu avertisses un peuple dont les ancêtres n’ont pas été avertis: ils sont donc insouciants.» (Coran, 36:6)

Mais les Aus et le Khazraj avaient pour voisins les juifs de Yathrib qu’ils entendaient régulièrement parler des prophètes et réciter leurs écritures. Les juifs leur avaient souvent annoncé la venue d’un prophète avec lequel ils s’allieraient et leur avaient dit qu’ils allaient tuer les païens de la même façon que les peuples de ‘Aad et Iram avaient été massacrés. 1

«Et quand leur vint d’Allah un Livre confirmant celui qu’ils avaient déjà – alors qu’auparavant ils cherchaient la suprématie sur lse mécréants – quand donc leur vint cela même qu’ils reconnaissaient, ils refusèrent d’y croire. Que la malédiction d’Allah soit sur les mécréants!» (Coran, 2:89)

Les tribus de Aus et Khazraj, de même que d’autres tribus arabes installées à Médine, étaient aussi païennes que Qouraish et les autres tribus arabes. Mais contrairement à elles, les notions de révélation sous forme d’écriture d’origine surnaturelle, de prophétie, de rétribution et d’au-delà leur étaient devenues familières grâce à leurs contacts avec les juifs avec qui ils entretenaient des relations commerciales, et avec lesquels ils faisaient la guerre et la paix. C’est ainsi qu’ils avaient connu les enseignements des prophètes du passé de même que la raison pour laquelle Allah envoyait des messagers aux peuples à intervalles réguliers. Cela constituait pour eux un avantage certain, car lorsqu’ils entendirent parler du Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) à l’occasion du Hajj, à la Mecque, ils saisirent immédiatement l’occasion car ils y étaient déjà préparés.

L’IMPORTANCE STRATÉGIQUE DE MÉDINE

Un grand honneur était destiné au peuple de Médine: Allah avait élu cette ville pour devenir le centre de l’islam. C’est pour des raisons connues de Lui seulement qu’Il l’avait élue, mais l’une de ces raisons était incontestablement le fait que d’un point de vue stratégique, sa situation géographique la rendait imprenable, telle une ville fortifiée. Aucune autre ville de la Péninsule ne jouissait d’un avantage similaire. Située dans une plaine volcanique et entourée de tous côtés par des chaînes de montagnes, son côté occidental est protégé par un terrain de lave extrêmement accidenté et montagneux connu sous le nom de Harratal-al-Wabra1, alors que son côté oriental est protégé par un autre terrain connu sous le nom de Harra-I-Waqim. Seul son côté septentrional n’est pas protégé et donc vulnérable d’un point de vue militaire (là où, en l’an 5 de l’hégire, le Prophète avait ordonné que des tranchées soient creusées lors de la bataille des clans). Des plantations de palmiers très luxuriantes entouraient la ville. Une armée se risquant à attaquer cette ville aurait fait face au défi de préserver le contact entre ses troupes à travers maints ravins et profondes vallées. Il aurait donc été difficile d’attaquer Médine alors que ses défenseurs pouvaient facilement conquérir les envahisseurs par le biais de nombreux petits détachements répartis en périphérie.

Ibn Is’haq a écrit: «Seul un côté de Médine était exposé, tandis que les autres étaient fortement protégés, soit par des bâtiments, soit par des plantations de palmiers à travers lesquelles un ennemi pouvait difficilement s’infiltrer.» Peut-être le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait-il fait indirectement référence à cet aspect de Médine lorsqu’il dit, avant sa migration:«On m’a montré le but de votre migration – une terre de palmiers plantés entre deux étendues jonchées de pierres noires et brutes.» Puis, tous ceux qui s’étaient résolus à émigrer se mirent en route pour Médine.

Les tribus arabes de Médine, les Aus et les Khazraj, étaient connues pour leur esprit de clan passionné et chauvin, pour leur dignité et leur hardiesse. Le combat à cheval était une des disciplines dans lesquelles ils excellaient. Ils avaient la liberté du désert dans le sang; jamais ils ne s’étaient soumis à une autorité quelconque et ils n’avaient jamais payé d’impôt à aucun souverain. Le caractère héroïque de ces tribus fut clairement démontré lorsque le chef des Aus, S’ad bin Mou’adh, dit au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), au cours de la Bataille des Tranchées: «Lorsque ces gens et nous étions polythéistes et idolâtres et que nous ne connaissions ni ne servions Allah, ils ne s’attendaient jamais à manger une seule date si ce n’était à titre d’invité ou après en avoir fait l’achat.» 1

Ibn Khaldoun écrit: «Les deux clans de Yathrib dominaient les juifs et se distinguaient par leur prestige et leur éminence. La tribu de Moudar, qui vivait dans la même région, était apparentée à eux.2» Ibn ‘Abd-irrabbehi, un autre historien arabe, écrit, dans son ouvrage intitulé Al-‘Iqd al-Farid: «Les Ansar descendaient de la tribu de Azd. Connus en tant que Aus et Khazraj, ils descendaient en ligne directe des deux fils de Haritha bin ‘Amr bin Amir. Étant encore plus fiers et plus dignes que tous les autres, ils n’avaient jamais rendu hommage à aucun régime et à aucune suprématie.1»

Ils étaient également apparentés, par alliance, à Banou ‘Adiy bin al-Najjar qui avait donné à Hashim une de ses filles, Salma bint ‘Amr, en mariage. Ces deux derniers eurent un fils, ‘Abdoul Mouttalib, mais Hashim laissa le garçon avec sa mère à Yathrib, où elle l’éleva. Plus tard, l’enfant fut amené à la Mecque où il fut élevé par son oncle. Ces liens de sang, qui constituaient des éléments d’adhésion dans l’organisation tribale, ne peuvent être ignorés car la parenté jouait un rôle très important dans la vie sociale des Arabes. En arrivant à Médine, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) fut hébergé par Abou Ayyoub Ansari, qui appartenait à la tribu de Banou ‘Adiy bin al-Najjar.

Les liens de sang des Aus et Khazraj remontaient aux Qahtan alors que ceux des Mouhajirrin et d’autres musulmans originaires de la Mecque et d’autres régions environnantes remontaient aux ‘Adnan. Alors quand le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) émigra à Médine et que les Ansar lui prêtèrent serment d’allégeance, en dépit du fait que les ‘Adnan et les Qahtan avaient toujours été en conflit durant la période pré-islamique, ils se liguèrent à ce moment-là. Et c’est ainsi que les passions païennes du sang et l’esprit de clan qui les caractérisait, de même que leur vanité et leur suffisance disparurent sous l’influence salutaire de l’islam.

En raison de toutes ces considérations, de même que pour son emplacement stratégique, la ville de Médine était le meilleur endroit pour la migration du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et de ses compagnons puisqu’elle était admirablement prédisposée à devenir le centre de rayonnement de l’islam pour peu qu’elle pût imposer son autorité dans la Péninsule, projetant ainsi dans toute la région un nouvel esprit de vertu et de conscience divine.

L’EXPANSION DE L’ISLAM À MÉDINE

Les enseignements de l’islam étaient si attirants qu’ils éveillèrent l’intérêt des gens de Aus et de Khazraj, qui s’empressèrent d’accepter l’islam. S’ad bin Mou’adh fut le premier à embrasser l’islam, suivi de Ousayd bin Houdayr, chef de Bani ‘Abdoul Ash’al, un des clans de Aus. La sage approche et les manières courtoises de Mous’ab bin Oumary, de même que sa manière judicieuse de leur présenter l’islam convainquirent ces gens de la vérité de cette religion. Par la suite, ce fut au tour des hommes du clan de Bani ‘Abdoul Ash’al d’accepter l’islam, de sorte que peu de temps après, il ne se trouva pas une seule maison de Ansar dans laquelle les habitants n’avaient pas encore embrassé l’islam. 1

LE DEUXIÈME SERMENT D’AQABAH

Au cours de l’année suivante, pendant le Hajj, Mous’ab bin Oumayr retourna à la Mecque accompagné de quelques musulmans Ansari, ainsi que de polythéistes de Médine. Après qu’ils eurent terminé leur pèlerinage, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) les rencontra au même lieu de rencontre que l’année précédente, tard dans la nuit. Ils étaient soixante-treize, incluant deux femmes. Le Messager vint accompagné de son oncle, ‘Abbas bin ‘Abdoul Mouttalib, qui n’avait toujours pas embrassé l’islam.

Il leur parla, leur récita un peu de Coran et invita ceux d’entre eux qui n’étaient pas musulmans à accepter l’islam. Puis il leur dit: «J’accepterai votre serment à la condition que vous vous engagiez à me protéger de la même façon que vous protègeriez vos femmes et vos enfants.» Ils prêtèrent serment, mais demandèrent à ce qu’il ne les quitte pas et qu’il ne retourne pas non plus parmi son peuple. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit: «Je suis des vôtres et vous êtes des miens. Je combattrai ceux qui vous combattront et je ferai la paix avec ceux qui feront la paix avec vous.»

Par la suite, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) choisit douze d’entre eux, dont neuf appartenant aux Khazrah et trois aux Aus, et en fit leurs leaders. 1

LA PERMISSION D’ÉMIGRER À MÉDINE

Grâce à la fidélité et au soutien offerts par les Ansar, les musulmans avaient trouvé un nouvel asile. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ordonna aux musulmans restés à la Mecque de rejoindre leurs frères en islam, les Ansar, à Médine. Il dit à ses compagnons: «Allah vous a donné des frères et des maisons où vous pourrez vivre en toute sécurité.» Alors les musulmans quittèrent la Mecque par petits groupes à destination de Yathrib. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), lui, resta à la Mecque où il attendit l’ordre d’Allah de quitter la ville.

Mais il n’étaitpas aisé d’émigrer, car les gens de Qouraish avaient décidé d’appliquer des mesures rigoureuses contre eux. Ils firent tout ce qui était en leur pouvoir pour mettre un frein à l’exode. Par exemple, ils installèrent plusieurs obstacles sur les routes pour freiner l’avancée des émigrants, mais les musulmans étaient tout aussi déterminés à aller de l’avant. Résolus à quitter la Mecque à tout prix, certains, comme Abou Salama, quittèrent seuls, laissant femmes et enfants derrière eux, alors que d’autres, comme Souhayb, renoncèrent à leurs biens et à leurs économies de toute une vie et partirent sans se retourner. Oumm Salama raconte:

Une fois décidé à partir pour Médine, Abou Salama sella son chameau et m’y fit monter avec mon fils, Salama. Puis, saisissant le licou du chameau, il se mit en marche. Lorsque des hommes appartenant à Bani al-Moughari le virent, ils s’approchèrent de nous et dirent: «En ce qui te concerne, tu peux passer sans problème; mais comment pouvons-nous permettre à ta femme de t’accompagner?» Ils prirent la bride du chameau de ses mains et m’amenèrent avec eux. À ce moment critique, Banou ‘Abdoul Asad, les hommes du clan d’Abou Salama, se mirent en colère. Ils dirent: «Par Allah, vous l’avez arrachée à notre frère, mais nous ne vous laisserons pas emporter notre fils avec elle!»

Une rixe s’engagea entre eux. Ils se disputèrent l’enfant tant et si bien qu’ils finirent par lui disloquer un bras, ce sur quoi les hommes de Bani Asad l’emportèrent avec eux, me laissant aux mains de Bani al-Moughira alors que mon mari, de son côté, poursuivait son chemin vers Médine. C’est ainsi que mon mari, mon fils et moi nous retrouvâmes tous séparés les uns des autres. J’allais chaque matin à Abtah, où je pleurais jusqu’à la tombée de la nuit. Toute une année se passa ainsi. Puis un jour, un de mes cousins appartenant à Bani al-Moughira eut pitié de moi et dit aux membres de sa tribu:«Pourquoi ne laissez-vous pas cette pauvre femme partir? Vous l’avez séparée de son mari et de son enfant.» Alors ils me dirent: «Tu peux aller rejoindre ton mari si tu le souhaites.» Avec l’aide de Banou Asad, mon fils et moi fûmes réunis. Je sellai mon chameau et, prenant mon enfant avec moi, partis pour Médine, toute seule, à la recherche de mon mari. Lorsque j’arrivai à Tan’im, je trouvai sur mon chemin ‘Outhman bin Talha1, de Bani ‘Abdoul-Dar, qui me demanda où j’allais. Je lui répondis que j’allais rejoindre mon mari à Médine. Il me demanda si quelqu’un m’accompagnait, ce à quoi je répondis:«Personne à part cet enfant et Allah.»

Il me dit: «Par Allah, il ne te sera pas facile d’arriver à destination.» Il prit la bride du chameau et entreprit de le guider. Par Allah, je n’avais jamais rencontré d’homme plus noble que lui. Chaque fois que nous devions faire halte, il faisait agenouiller le chameau et s’éloignait de nous. Puis une fois que j’étais descendue, il déchargeait le chameau, l’attachait à un arbre et se retirait sous un arbre où il se reposait. Dans la soirée, il sellait à nouveau le chameau et le chargeait, puis s’éloignait le temps que je le monte. Une fois installée, il reprenait le licou et se remettait en marche, guidant le chameau. Il m’escorta ainsi jusqu’à Médine. Lorsqu’il vit Qouba, où habitait Bani ‘Amr bin ‘Auf, il dit: «Ton mari est dans ce village. Va le rejoindre, avec la bénédiction d’Allah.» Il me fit ses adieux et repartit en direction de la Mecque.

Elle avait aussi l’habitude de dire qu’aucune autre famille musulmane n’avait enduré autant d’épreuves que celle d’Abou Salama. 2

Lorsque Souhayb tenta de quitter la Mecque pour Médine, les mécréants de Qouraish lui dirent:«Tu es venu à nous en mendiant et une fois parmi nous, tu es devenu riche. Et maintenant, tu t’imagines que tu peux partir en toute sécurité avec tes biens. Par Allah, ça ne se passera pas comme cela!» Souhayb demanda: «Me laisserez-vous partir si je vous donne tous mes biens?» Lorsqu’ils lui répondirent par l’affirmative, il leur dit: «Je vous donnerai tout.» Quand le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) apprit l’incident, il s’exclama: «Souhayb a fait un profit! Souhayb a fait un profit!»

Les gens qui émigrèrent à Médine, à ce moment-là, étaient ‘Omar, Talha, Hamza, Zayd bin Haritha,’ Abdour Rahman bin Auf, Zoubayr bin al-Awwam, Abou Houdhayfa, ‘Outhman bin ‘Affan, ainsi que plusieurs autres compagnons du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Par la suite, les autres émigrants quittèrent par petits groupes. Les seuls qui restèrent à la Mecque, à part le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), Abou Bakr et ‘Ali, furent ceux qui étaient retenus en captivité et ceux qui avaient succombé à leurs craintes ou à leurs désirs. 1

CONSPIRATION RATÉE CONTRE LE MESSAGER

Devant la migration des musulmans à Médine, les Mecquois furent pris de panique et de peur. Car ayant réalisé que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait établi une base avec un grand nombre de fidèles en territoire étranger hors de leur portée, ils comprirent que s’il les rejoignait, ils seraient réduits à l’impuissance car dépourvus de toute autorité sur lui. Ils tinrent conseil à Dar al-Nadwa2, où tous les chefs de Qouraish s’étaient réunis pour tenter de trouver une solution à ce problème majeur.

Ils discutèrent des différentes suggestions, considérèrent chacune avec attention et finalement, décidèrent à l’unanimité que chaque clan devait élire un de ses jeunes et courageux guerriers au sang noble afin qu’ils s’attaquent tous à la fois à Mohammed et le tuent tous ensemble. Ainsi, la responsabilité d’avoir fait verser son sang serait partagée par chaque clan, de sorte que l’on ne pourrait accuser aucun clan en particulier. Et certainement, ‘Abdou Mounaf (une tribu apparentée au Prophète) n’oserait jamais faire tomber les têtes de tous en guise de représailles. Déterminés à tuer le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), les païens se dispersèrent afin de mettre à exécution leur plan machiavélique.

Mais le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait été informé de leur plan par Allah, l’Omniscient. Il demanda donc à ‘Ali de se coucher à sa place, dans son lit, et de s’envelopper dans son manteau. Enfin, il l’assura qu’aucun mal ne lui arriverait.

Prête à passer à l’attaque, la bande de guerriers se tenait à l’extérieur de la maison du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), cimeterres à la main. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) sortit, se pencha et prit une poignée de terre. Allah leur ravit immédiatement la vue et le Messager passa entre eux, répandant de la terre sur leur tête tout en récitant Sourah Ya Sin – «Et Nous mettrons une barrière devant eux et une barrière derrière eux; Nous les recouvrirons d’un voile, et voilà qu’il ne pourront rien voir.» (Coran, 36:9). Il réussit donc à s’enfuir sans qu’aucun d’eux ne l’aperçoive.

Puis vint un homme qui leur demanda:«Qu’attendez-vous?» Lorsqu’ils lui dirent qu’ils attendaient que Mohammed sorte de chez lui, il leur dit: «Qu’Allah vous confonde! Il est déjà parti!» Alors ils jetèrent un coup d’œil à travers la fente de la porte et virent ‘Ali qui dormait sur le lit, enveloppé du manteau du Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Ils s’imaginèrent qu’il s’agissait du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et décidèrent d’attendre jusqu’au matin. Lorsque, enfin, ‘Ali se leva et qu’ils le virent, ils furent envahis par la honte de la défaite.1

LE PROPHÈTE ÉMIGRE À MÉDINE

The Apostle (peace and blessings of Allah be upon him) came to Abu Bakr and told him that God had given him permission to migrate from Mecca. Abu Bakr exclaimed, “Together, O Apostle of God?” for he was anxious to keep him company. Then Abu Bakr presented two dromedaries he had been keeping for this purpose. ‘Abdallah b. Urayqit was hired by Abu Bakr to act as a guide.

Après s’être sauvé de la bande de guerriers, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) vint voir Abou Bakr et lui dit qu’Allah venait de lui accorder la permission de quitter la Mecque. Abou Bakr s’exclama: «Ensemble, ô Messager d’Allah?» car il espérait grandement faire le trajet en sa compagnie. Puis il lui montra deux dromadaires qu’il avait gardés en réserve en vue du voyage, pour lequel il avait retenu les services d’Abdallah bin Ourayqit pour les guider.

L’ÉTRANGE INCOHÉRENCE

Les mécréants de la Mecque en voulaient amèrement au Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Cependant, tout au fond d’eux, ils étaient absolument convaincus de sa véracité, de sa loyauté, de sa noblesse et de sa magnanimité. Si une personne, à la Mecque, appréhendait une perte ou un détournement de ses biens, il les confiait habituellement à Mohammed. Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) était donc en possession d’un certain nombre de choses dont il avait la charge. Alors, avant de quitter la Mecque, il chargea ‘Ali de les rendre à leurs propriétaires. À vrai dire, un traitement aussi équitable à un moment aussi critique est un autre témoignage en faveur de la noblesse de caractère du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et contre l’insensibilité des mécréants. Par conséquent, Allah dit:

«Nous savons qu’en vérité, ce qu’ils disent te chagrine. Or, vraiment ils ne croient pas que tu es menteur, mais ce sont les versets (le Coran) d’Allah que les injustes renient.» (Coran, 6:33)

LA LEÇON MORALE APPORTÉE PAR LA MIGRATION

La migration du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) illustre le principe selon lequel toute chose, aussi précieuse soit-elle, devrait être sacrifiée pour pouvoir vivre sa foi ou son idéal. Les biens de ce monde, ou toute autre chose à laquelle l’homme est susceptible de s’attacher, ne peuvent jamais remplacer sa foi, pas plus que la foi ne peut être vendue en échange du monde et de tout ce qu’il contient.

La Mecque était le lieu de naissance du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). En tant que terre natale du Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et de ses compagnons, cet endroit devait certainement représenter beaucoup pour eux. C’est également là que se trouvait la Maison d’Allah, qu’ils aimaient et à laquelle ils tenaient comme à la prunelle de leurs yeux. En dépit de ces sentiments profonds, rien ne put les retenir de faire leurs adieux à leur patrie et à leurs familles. À regret, mais résolus, ils quittèrent la région parce que les païens de la Mecque leur refusaient le droit à la liberté de conscience et à la liberté de pratiquer leur religion.

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) aimait la Mecque, mais il aimait aussi sa religion: le premier était un sentiment naturel d’affection, tandis que le second était une insatiable soif de l’âme. En quittant la Mecque, il exprima ce tendre sentiment lorsqu’il dit: «Quelle belle cité tu es et combien je t’aime! Si mon peuple ne m’avait pas forcé à l’exil, je ne me serais jamais installé ailleurs qu’ici.» 1.

En vérité, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) n’eut d’autre choix que de quitter sa terre natale: il obéissait à un ordre divin.

«Ô Mes serviteurs qui croyez! Ma terre est bien vaste. Adorez-Moi donc!» (Coran, 29:56)

VERS LA GROTTE DU MONT THAWR

À pas furtifs, le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et Abou Bakr se dirigèrent vers la grotte du Mont Thawr. Abou Bakr avait ordonné à son fils, ‘Abdallah, de tenter de découvrir les plans et les conversations des Mecquois à leur sujet, pour ensuite les lui transmettre. Il avait également demandé à Amir bin Fouhayrah, son esclave, de nourrir ses troupeaux de vaches laitières durant le jour et de leur apporter de la nourriture à la tombée de la nuit. Asma, sa fille, leur apportait de la nourriture chaque soir.

L’AMOUR D’ABOU BAKR POUR LE PROPHÈTE

La lumière du Paradis, lorsqu’elle illumine les cœurs, donne naissance à la flamme de l’amour. Depuis la création de ce monde, l’amour a constitué la passion la plus ardente du cœur humain, et il a souvent guidé l’homme sur la bonne voie lorsque ce dernier se retrouvait en situation de danger. C’est un sentiment semblable à l’inquiétude d’une personne avide de quelque chose, car l’instinct le plus profond d’une personne aimante est toujours aux aguets et capable de prévoir les dangers, même les moins probables, qui pourraient menacer l’objet tant aimé. Tels étaient les sentiments d’Abou Bakr envers le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) au cours de ce trajet. On rapporte que lorsque le Prophète se mit en route vers la grotte du Mont Thawr, Abou Bakr, l’accompagnant, marchait parfois devant lui, parfois derrière, jusqu’à ce que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) remarque son agitation et lui demande:«Que se passe-t-il, Abou Bakr? Parfois tu marches devant moi, parfois tu marches derrière!» Abou Bakr répondit: «Ô Messager d’Allah! Lorsque je pense à ceux qui te poursuivent, je marche derrière toi; mais alors, j’appréhende une embuscade, alors je marche devant toi.» 1

Lorsqu’ils arrivèrent à la grotte, Abou Bakr demanda au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) d’attendre jusqu’à ce qu’il l’ait explorée et nettoyée. Alors il entra à l’intérieur, l’explora et en ressortit après l’avoir nettoyée. Puis, il se rappella qu’il n’avait pas vérifié un trou qu’il avait aperçu. Il demanda donc au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) de patienter encore un instant, retourna à l’intérieur, et c’est seulement lorsqu’il en ressortit pour la deuxième fois qu’il permit au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) d’y entrer; il était maintenant rassuré car il savait que la grotte n’abritait pas de bêtes sauvages ni de reptiles. 1

UN MOMENT CRITIQUE DE L’HISTOIRE DE L’HUMANITÉ

Le moment le plus critique de toute cette histoire survint lorsque les cavaliers de Qouraish, galopant à travers le désert à la recherche des deux fugitifs, s’arrêtèrent tout près de la grotte où le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et Abou Bakr s’étaient retirés. Le suspense était à son comble: un futur sombre et désastreux pour l’humanité était-il entrain de se préparer? Ou allait-il au contraire connaître l’issue la plus favorable? Les poursuivants, qui discutaient tout en se tenant près de l’entrée de la grotte, décidèrent qu’il n’y avait probablement personne à l’intérieur.

Ce fut, réellement, un événement miraculeux; c’est ainsi qu’Allah aida Son Messager:

«Allah fit alors descendre sur lui Sa sérénité et le soutint de soldats (Anges) que vous ne voyiez pas.» (Coran, 9:40)

«ALLAH EST AVEC NOUS»

Tandis que les guerriers de Qouraish se tenaient toujours à l’entrée de la grotte, Abou Bakr, les apercevant, avait dit à son compagnon, le cœur tremblant: «Ô Messager d’Allah, ils vont nous voir si l’un d’entre eux s’avance. «Quelles craintes as-tu», répondit le Prophète,«au sujet de deux personnes dont le troisième compagnon est Allah?»

«Quand ils étaient tous deux dans la grotte et qu’il disait à son compagnon: «Ne t’afflige pas, car Allah est avec nous.» (Coran, 9:40)

SOURAQA SUIT LE MESSAGER

Les gens de Qouraish offrirent une récompense de cent chameaux à quiconque ramènerait le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), mort ou vif. De son côté, ce dernier passa trois nuits dans la grotte puis, guidé par Amir bin Fouhayrah, poursuivit sa route en empruntant la côte. Souraqa bin Malik bin Jou’shoum entendit parler de la récompense offerte par Qouraish; il sauta sur sa jument et partit à la poursuite des fugitifs en tentant de retrouver leurs empreintes de pas. Mais, comme il se rapprochait dangereusement des fugitifs, sa jument trébucha soudain et il fut jeté à terre. Il se releva, reprit ses esprits, remonta sa jument et la laissa avancer à son gré. Une fois de plus, la jument trébucha et il fut de nouveau jeté à terre. Mais acharné qu’il était, il la remonta et poursuivit sa course. Tout à coup, elle trébucha pour la troisième fois, tomba à genoux, tandis qu’il était de nouveau jeté à terre. Puis il vit du sable commencer à se soulever de terre comme si une tempête de sable se préparait.

Souraqa fut alors convaincu que le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) était protégé contre lui et qu’il n’arriverait jamais à triompher de lui. Comme ils étaient devant lui, il leur cria qu’il était Souraqa bin Jou’shoum et qu’il n’avait nulle intention de leur faire du mal. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit à Abou Bakr d’aller lui demander ce qu’il voulait d’eux. Souraqa répondit: «Rédigez-moi un sauf-conduit.» Alors le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit à Amir bin Fouhayrah de rédiger le sauf-conduit, ce qui fut fait sur un morceau de cuir tanné ou d’os. Souraqa conserva ce document en souvenir de nombreuses années durant. 1

UNE PRÉDICTION

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) venait d’être chassé de chez lui et il était poursuivi par ses ennemis, mais dans son esprit, il voyait déjà le jour où ses fidèles allaient fouler aux pieds les royaumes de César et de Chosroe. Dans ces circonstances défavorables, durant les heures les plus sombres de sa vie, il fit la prédiction de jours glorieux à venir. Il dit à Souraqa: «Souraqa, comment te sentirais-tu si tu mettais à tes bras les bracelets de Chosroe?»

En effet, Allah a promis secours, victoire et prospérité à Son Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), ainsi que l’ascension triomphale de Sa religion de Vérité.

«C’est Lui qui a envoyé Son Messager avec la bonne direction et la religion de vérité, afin qu’elle triomphe sur toute autre religion, quelque répulsion qu’en aient les associateurs.» (Coran, 9:33)

Ceux qui sont incapables de voir au-delà de l’action matérielle de cause à effet hausseront les épaules en apprenant cette prédiction. C’est ce que fit Qouraish, qui rejeta la prédiction du Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), la considérant inconcevable. Mais ce présage allait se réaliser dans le futur, car:

«Allah ne manque jamais à Sa promesse.» (Coran, 13:31)

Et les événements se produisirent exactement comme l’avait prédit le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) à Souraqa. Lorsque la Perse fut conquise et qu’on apporta à ‘Omar la tiare, la robe et les bracelets de Chosroe, il envoya chercher Souraqa et lui demanda d’enfiler la robe royale. 1

Donc Souraqa prit le sauf-conduit car il était maintenant convaincu de la victoire imminente du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Il lui offrit quelques provisions et ustensiles, mais le Messager n’accepta rien de lui. Il lui dit simplement: «Garde notre position et nos déplacements secrets.»

UN HÔTE PROVIDENTIEL

Poursuivant leur chemin, Abou Bakr et le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) passèrent près de la tente de Oumm M’abad, une femme de Khouza’a qui possédait une vache laitière dont les mamelles s’étaient taries à cause de la sécheresse. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) passa sa main sur son pis en mentionnant le nom d’Allah, le Très-Haut, et en L’invoquant pour que la vache de Oumm M’abad lui soit une bénédiction. C’est alors que le lait jaillit du pis. Il donna du lait d’abord à Oumm M’abad, puis à tous ceux qui étaient présents jusqu’à ce que chacun soit satisfait. Enfin, il but à son tour lorsque tout le monde eut terminé. Tout de suite après, il entreprit de la traire une deuxième fois et, quand le seau fut totalement rempli, il le laissa à Oumm M’abad. Lorsque le mari de cette dernière revint chez lui, sa femme lui raconta l’événement prodigieux et lui parla de «l’étranger angélique». Il remarqua alors: «Par Allah, il semble qu’il s’agisse de l’homme de Qouraish à la poursuite duquel ils sont tous.»

Ils poursuivirent leur trajet, toujours accompagnés de leur guide, jusqu’à ce qu’ils atteignent Qouba, dans les environs de Médine. C’était un lundi, le 12e jour du mois de Rabi oul-Awwal. C’était également le début d’une nouvelle ère, car c’est à partir de ce moment que le calendrier islamique de l’Hégire fut établi.


1 Ibn Hisham, vol. I, pp. 234-55., Sahih Mouslim relate un hadith du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dans lequel il dit: “Il m’arrive de reconnaître un bloc de pierre, à la Mecque, qui avait pour habitude de me saluer avant ma mission prophétique.”
2 Voir le hadith relaté par ‘Aisha, Mishkat al-Masabih, Vol. IV, pp. 1252
1 Ibn Kathir, Vol. I, p. 392
1Mishkat al-Masabih, vol. IV, p. 1253
1 Ibn Hisham, vol. I, p. 238; Boukhari, (chapitre intitulé «Commission and the Beginning of the Revelation»), rapporté par ‘Aisha.
1 Ibn Hisham, vol. I, p. 245
2 Ibn Hisham, vol. I, p. 247
3 Ibid., vol. I, pp. 249-59
1 Ibid., Vol. I, pp. 150-51
2 Ibn Hisham, p. 262
[1] Ibn Kathir, pp. 455-56, rapporté par Ibn ‘Abbas (Mousnad de Ibn Hanbal). Boukhari et Mouslim ont également recueilli des ahadith ayant une signification similaire.
1 Ibn Hisham, vol. I, pp. 256-66
1 Ibn Hisham vol. I. pp. 265-66 [avec une chaîne de narration faible].
1 Ibid., pp. 317-18
2 Ibid., pp. 319-20
1 Tabaqat Ibn S’ad, vol. III, p. 82; Isti’ab, Vol. I, p. 288
1 Ibn Hisham, vol. I, pp. 370-71
2 Tabaqat Ibn S’ad, vol. III, P. 37
3 Tabaqat Ibn Sa’d, vol. III, 117
1 Hijr, aussi connu sous le nom de Hijr Isma’il, est un espace ouvert situé entre la Ka’bah et un mur semi-circulaire à l’ouest de cette dernière, et dont les deux extrémités sont alignées avec les côtés nord et sud de la Ka’bah. Le mur, que l’on appelle Hatim, fut érigé pour indiquer la longueur originale de la Ka’bah, car lorsque le peuple de Qouraish l’avait reconstruite, avant la venue de l’islam, ils avaient dû en réduire la longueur par manque de fonds.
1 Ibn Hisham, vol. I, pp. 289-91 et Boukhari.
1 Ibn Kathir, vol. I, pp. 439-41.
1 Ibn Hisham, vol. I, p. 270
1 Boukhari
1 Ibn Hisham, Vol. I, pp. 291-92
1 Ibn Hisham, vol. I, pp. 291-92
1 “Père de Walid.” Les Arabes appelaient les aînés par le nom de leur fils.
2 Sourah 41 («Les versets détaillés»)
3 Verset 37
1 Ibn Hisham, vol. I, pp. 293-94
1 Ibn Hisham, vol. pp. 320-21
1 Ibn Hisham, pp. 334-38
1 20e sourah du Coran.
1 Abou Jahl
1 Ibn Hisham, vol. I, pp. 342-46 [avec une chaîne de narration faible].
1 Ibn Hisham, vol. I, p. 349
1 Ibn Hisham, vol. I, pp. 350-51
1 Ibn Hisham, vol. I, pp. 382-384
2 Boukhari; rapporté par ‘Aisha, chapitre: Hijrah.
1 Mouslim, Kitab-oul-Jihad
2 Ibn Hisham, vol. I, pp. 419-22, Ibn Kathir, vol. II, pp. 149-53 Zad al-Ma’ad, vol. p. 302
1 Ibn Kathir, Vol. II, p. 96, Ibn Hisham, Vol. I, p. 399
2 La Ka’bah, à la Mecque.
3 The Dome of Rock at Jerusalem
1 L’expression coranique Sidratoul Mountaha (cf. Coran 53:14) fait référence à l’arbre appelé «le lotus de la limite». Selon les premiers commentateurs du Coran, les ordres divins sont d’abord envoyés au lieu où se trouve cet arbre, d’où les anges les recueillent pour les acheminer vers la terre.
1 Ibn Hisham, vol. pp. 422-23
1 Boukhari, Section: la conversion à l’islam d’Abou Dharr.
2 ‘Aqabah signifie «vallée profonde».
1 Ibn Hisham, Vol. I, pp. 428-29
2 Ibn Hisham, Vol. I, pp. 428-29
1 Ibid., p. 434
2 Les deux tribus de Aus et Khazraj constituaient toutes deux des branches de la tribu de Azd, appartenant aux Qahtan. L’ancêtre de ces tribus, Th’alaba bin ‘Amr, avait émigré du Yémen au Hijaz après la destruction du Ma’arib Dam (120 av.J.-C.) et s’était installé à Médine.
1 Elle eut lieu vers 615 après J.-C.
1 Tafsir Ibn Kathir, vol. I, p. 217.
1 Harrah (ou Labah) est un terrain rempli de roches volcaniques de couleur vert foncé et de forme irrégulière.
1 Ibn Hisham, vol. II, p. 289
2 Tarikh Ibn Khaldoun, vol. II, p. 289
1 Al-‘Iqd oul-Farid, vol. III, p. 334
1 Ibn Hisham, vol. I, pp. 436-38
1 Ibid., pp. 441-42
1 ‘Outhman bin Talha a embrassé l’islam après la conquête de la Mecque, lorsque le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui remit les clefs de la Ka’bah (Al-Isabah fi Tamyiz as-Sahaba, p. 217)
2 Ibn Kathir, Vol. II, pp. 215-17
1 Ibn Hisham, vol. I, pp. 470-79
2 La maison de Qousayy bin Kilab, où ils avaient l’habitude de se réunir pour prendre d’importantes décisions.
1 Ibn Hisham, vol. pp. 480-83
1 Tirmidhi, chapitre «Fadl Mecca».
1 Ibn Kathir, Albidayah wan Nihayah, vol. III, p. 180 (rapporté par ‘Omar bin al-Khattab)
1 Ibid.
1 Ibn Hisham, vol. I, pp. 489-90; Boukhari, chapitre «Hijratoun Nabi».
1 Al-Isti’ah, vol. II, p. 597
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