Décisive bataille de Badr

Abul hasan ‘Ali Nadwi

Au cours du mois de Ramadan de la deuxième année de l’hégire, les musulmans entrèrent en conflit avec les infidèles.  C’est alors qu’eut lieu une bataille décisive : la bataille de Badr.  Cette bataille allait plus tard s’avérer un tournant important non seulement dans l’histoire de l’islam, mais aussi dans celle de l’humanité tout entière.

Cet événement, duquel les musulmans pauvrement armés et équipés sortirent victorieux, est considéré, de nos jours encore, comme un des moments déterminants de l’histoire islamique.  La bataille de Badr fut l’un des signes majeurs d’Allah : Il démontra, à cette occasion, que ceux qui croyaient en Lui et en Sa religion ne pouvaient que vaincre en dépit des nombreux obstacles, en apparence insurmontables.  Dans le Coran, ce jour est appelé le « Jour du Discernement » (entre le bien et le mal) :

« … si vous croyez en Allah et en ce que Nous avons fait descendre sur Notre serviteur, le jour du Discernement, jour où les deux armées se rencontrèrent.» (Coran, 8:41)

Les circonstances qui menèrent à cette bataille puisent leur source dans une nouvelle que reçut un jour le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) : une importante caravane, dirigée par Abou Soufyan et transportant une grande quantité de marchandises et d’argent, revenait de Syrie et se dirigeait vers la Mecque.  La tension entre Qouraish et les musulmans était déjà à son comble, car les premiers n’avaient de cesse de trouver des moyens de créer des divisions au sein des seconds dans le but  d’entraver leurs progrès et d’anéantir leur pouvoir naissant.  Ils n’épargnaient aucune ressource, physique ou financière, pour nuire aux musulmans et souvent, leurs détachements armés s’avançaient jusqu’aux limites de Médine et de ses pâturages et procédaient à des attaques-surprise.

Abou Soufyan était l’un des pires ennemis de l’islam.  C’est pourquoi en apprenant la présence de la caravane, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) demanda aux musulmans de se tenir prêts à l’intercepter.  Mais comme il s’agissait d’une caravane commerciale, il ne prit pas la peine de faire des préparatifs minutieux ; il se mit simplement en position, avec ses hommes, afin de surprendre la caravane.

Cependant, de son côté, Abou Soufyan fut informé des intentions du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ; il envoya donc un courrier à la Mecque pour demander des renforts d’urgence. C’est ainsi qu’une force armée fut rapidement rassemblée par Qouraish.  Tous les notables de la Mecque y prirent part, de même que tous les hommes disponibles des tribus environnantes.  Tous ensemble, ils prirent le chemin de Médine afin d’aller prêter main forte à la caravane.  Les hommes de Qouraish étaient tellement en colère qu’à peine un seul homme resta en arrière, à la Mecque.

LA LOYAUTÉ DES ANSAR

La nouvelle parvint au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) qu’une imposante armée mecquoise était en chemin pour venir l’affronter.  Il rassembla rapidement ses fidèles et leur demanda conseil.  Il tenait particulièrement à connaître l’opinion des Ansars à ce sujet, car le serment d’allégeance qu’ils avaient prêté les obligeait à le défendre à l’intérieur des limites de Médine, mais pas à prendre part à une expédition militaire à l’extérieur de leur territoire.  Les Mouhajirines furent les premiers à répondre ; ils l’assurèrent de leur aide et de leur fidélité.  Le Prophète, cependant, répéta sa question, à laquelle les Mouhajirines donnèrent la même réponse.   Mais le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) posa sa question une troisième fois.  C’est alors que les Ansars réalisèrent qu’elle s’adressait à eux.  S’ad bin Mou’ad se leva immédiatement et dit : « Ô Prophète d’Allah !  Il me semble que ta question s’adresse à nous et que tu souhaites connaître notre avis à ce sujet.  Peut-être crois-tu, ô Prophète d’Allah, que les Ansars se sont engagés à t’aider sur leur territoire uniquement.  J’aimerais te dire, au nom de tous les Ansars, que tu peux nous conduire là où tu le souhaites, te disposer à te battre ou rompre les relations avec qui tu veux ; tu peux prendre, de nos biens, tout ce dont tu as besoin et tu peux nous donner autant que tu le souhaites, car tout ce que tu prendrais de nos biens nous serait bien plus cher que ce que tu nous en laisserais.  Quels que seront les ordres que tu nous donneras, nous t’obéirons.  Par Allah, si tu vas jusqu’à Bark Ghimdan1, nous t’accompagnerons et par Allah, si tu marches jusqu’à l’océan, nous te suivrons également. »

Puis Miqdad se leva à son tour et dit : « Ô Prophète d’Allah !  Nous ne te dirons pas comme les Enfants d’Israël ont dit à Moïse : allez vous battre, toi et ton Seigneur ; nous, nous resterons ici.  Non.  Nous nous battrons à tes côtés, à ta gauche et à ta droite, devant toi et derrière toi. »

Le Prophète fut très touché des paroles de ses compagnons.  Il dit : « Et bien faites-le, et attendez-vous au meilleur. » 2

L’ENTHOUSIASME DES PLUS JEUNES

Les détachements quittèrent Médine. Un jeune homme de seize ans, ‘Oumayr bin Abi Waqqas, accompagnait secrètement les guerriers parce qu’il craignait que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) l’aperçoive et, le jugeant trop jeune pour se battre, le renvoie à Médine.  Lorsque son frère aîné, S’ad bin Abi Waqqas, se rendit compte que ‘Oumayr évitait d’être vu du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), il lui en demanda la raison.  ‘Oumayr lui dit : « Je crains que le Messager d’Allah ne me renvoie à la maison à cause de mon âge et je tiens à participer à cette bataille.  Peut-être Allah m’honorera-t-Il en me faisant martyr. »  Lorsque le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) vit ‘Oumayr, il lui ordonna de retourner chez lui ; mais lorsque ce dernier se mit à pleurer, il lui permit de rester avec eux.  Plus tard, ‘Oumayr fut tué au cours de la bataille : Allah lui avait accordé son désir le plus cher. 1

LES FORCES EN PRÉSENCE

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) se rendit au champ de bataille suivi de trois cent treize combattants fort mal équipés. Les musulmans avaient soixante-dix chameaux et deux chevaux que les hommes montaient à tour de rôle.  Rien ne distinguait les soldats des capitaines : ni les éminents compagnons, tels Abou Bakr et ‘Omar, ni le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ne portaient de signes distinctifs.

L’étendard de l’armée fut donné à Mous’ab bin ‘Oumayr, les couleurs des Mouhajirines furent confiées à ‘Ali, et celles des Ansars, à S’ad bin Mouadh.

Quand Abou Soufyan apprit que l’armée musulmane approchait, il fit tourner sa caravane en direction de la côte.  Puis lorsqu’il fut à bonne distance des musulmans, il envoya dire à l’armée qourayshite de retourner à la Mecque car il n’y avait plus aucune raison, pour eux, d’aller plus loin.  Et en réalité, plusieurs Mecquois souhaitaient également, au fond d’eux-mêmes, rebrousser chemin ; mais Abou Jahl insista avec force pour qu’ils poursuivent leur chemin, voulant à tout prix punir les musulmans.  Ses forces étaient composées de mille hommes, dont certains étaient des vétérans et  des guerriers réputés, et tous étaient armés jusqu’aux dents.  Il ne voulait surtout pas rater cette occasion d’engager le combat avec les musulmans.  En apprenant les noms des chefs mecquois accompagnant Abou Jahl, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) remarqua : « La Mecque vous offre ses pièces de choix ! ».

LA VEILLE DE LA BATAILLE

Tandis que l’armée de Qouraish, arrivée dans une vallée (wadi) près de Badr, faisait halte, les musulmans installaient leurs tentes près de l’eau (près des puits de Badr), un endroit qu’ils jugeaient plus stratégique pour affronter l’ennemi.

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et quelques-uns de ses proches compagnons furent les premiers à arriver au campement ce soir-là.  Une citerne fut creusée et remplie d’eau, et on permit à l’ennemi de s’y approvisionner en eau. 1

Au cours de la nuit, Allah leur fit descendre de la pluie, ce qui dérangea beaucoup les mécréants car ils s’en trouvèrent gênés dans leurs mouvements.  Mais elle remonta le moral des musulmans en leur rendant la température agréable et en transformant le sable mou de la vallée en surface compacte.

C’était là un signe de victoire dont Allah fait mention dans le verset suivant :

«… et du ciel, Il fit descendre de l’eau sur vous afin de vous purifier, d’écarter de vous la crainte inspirée par Shaytan, de renforcer vos cœurs et de raffermir vos pas. » (Coran, 8:11).

LE PROPHÈTE DANS LE RÔLE DE GÉNÉRAL

À l’occasion de cette bataille, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) démontra toutes les qualités d’un tacticien militaire expérimenté.  Cet aspect de sa personne était un autre signe démontrant que la révélation qu’il avait reçue ne pouvait provenir que d’Allah, le Tout-Puissant.1  La façon dont il organisa ses troupes pour la bataille, de même que ses réactions aux attaques-surprise de l’ennemi, en dépit du manque de soldats, méritent d’être étudiées ; c’est ainsi que nous pourrons vraiment apprécier son prodigieux génie militaire.

LA PRÉPARATION AU COMBAT

Une petite hutte faite de branches de palmiers fut érigée, pour le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), sur une colline donnant sur le champ de bataille.  Par la suite, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) traversa ce dernier et montra du doigt, à ses compagnons, tous les endroits où les chefs ennemis allaient trouver la mort.  Ses prédictions allaient s’avérer exactes, car aucun des chefs qouraishites ne fut trouvé mort à un endroit différent de celui indiqué par le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).

Lorsque les deux armées se trouvèrent face à face, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Ô Allah !  Voici que s’avancent les gens de Qouraish, avec toute leur vanité et leur arrogance : ils se disputent avec Toi, traitant Ton Prophète de menteur. »

Cela se passait dans la nuit du vendredi, le dix-septième jour de Ramadan.  Dès les premières lueurs de l’aube, l’armée qouraishite tout entière envahit la vallée et se positionna sur le champ de bataille, tandis que les musulmans se déployèrent devant elle, à peu de distance. 1

SUPPLICATIONS À ALLAH

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) disposa ses rangs en ordre et retourna à la hutte en compagnie d’Abou Bakr.  Se prosternant dans la poussière, il supplia Allah de lui porter assistance.  Il savait pertinemment que si la victoire de cette bataille ne dépendait que du nombre et de la puissance, de l’habileté et des armes des deux forces, c’était réglé d’avance.  Il ne se faisait aucune illusion ; il voyait parfaitement que les musulmans étaient faibles dans tous les sens : en nombre, en armes et en habileté, tandis que l’ennemi était puissant et nombreux.  Il voyait clairement la balance pencher en faveur de Qouraish. C’est pourquoi il cherchait maintenant à la contrebalancer avec une force encore plus grande.

Avec ferveur, il supplia le Seigneur des cieux et de la terre, Celui qui détermine la fin et les moyens, de venir au secours des musulmans en ce moment difficile.  Il demanda instamment à Allah : « Ô Allah !  Si Tu extermines ce petit groupe de musulmans, il n’y aura plus personne pour T’adorer sur terre ! »  Dans un état de grande exaltation, il leva les mains en prière et, à genoux, il implora :  « Ô Allah !  Remplis la promesse que Tu m’as faite !  Aide-nous, ô Allah ! »  Il était si absorbé par sa prière que son manteau tomba de ses épaules.  Abou Bakr, grandement affligé de voir le Prophète d’Allah en larmes, vint le consoler et le réconforter. 1

LA PLACE DES MUSULMANS PARMI LES NATIONS

Quoique brève, la prière du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) en dit long sur ses compagnons au cœur pur, sur sa confiance inébranlable dans le secours d’Allah en ce moment de crise, sur son humilité devant Allah et sur la sérénité de son propre cœur.  En même temps, cette prière fait connaître, de façon très claire, le véritable rang et la position réelle occupés par les musulmans parmi les nations du monde.  Cela met en évidence à quel point les personnes chargées de poursuivre sa mission sont nécessaires et à quel point elles sont appréciées.  C’est la claire manifestation que ce qui leur incombe est de se soumettre avec obéissance à Allah.

Allah répondit à la prière de Son Prophète par une retentissante victoire qui dépassait les espérances et défiait les lois de la logique et de la probabilité. Cet événement ne pouvait que confirmer la vérité de l’islam et affirmer le caractère authentique et véridique de ses adeptes.

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) revint ensuite voir ses hommes, avant le début de la bataille, et leur fit un bref sermon sur les mérites de se battre dans le sentier d’Allah.  Pendant ce temps, ‘Outbah bin Rabi’a, ainsi que son frère et son fils, Shayba et Walid, s’avancèrent devant les musulmans.  Trois Ansars se détachèrent pour leur livrer bataille, mais les Qouraishites leur demandèrent : « Qui êtes-vous ? »  « Nous sommes des Ansars », répondirent-ils.  « Vous êtes de noble descendance », dirent les Qouraishites, « mais envoyez-nous nos pairs, membres de notre propre tribu. ».

Alors le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Avancez-vous, ‘Oubayda bin al-Harith, Hamza et ‘Ali.  Avancez tous les trois pour vous battre contre eux ! »  Les Qouraishites dirent alors : « Oui.  Vous êtes effectivement nobles et vous faites partie de notre tribu. ».

‘Oubayda étant l’aîné, il fut le premier à provoquer ‘Outbah bin Rabi’a.  Hamza se mesura à Shayba et ‘Ali fonça sur Walid.  Hamza et ‘Ali tuèrent rapidement leurs opposants, cependant que ‘Oubayda et ‘Outbah continuaient de se battre.  Alors Hamza et ‘Ali vinrent à la rescousse de ‘Oubayda et s’acharnèrent sur ‘Outbah jusqu’à ce qu’il rende l’âme.  Ils ramenèrent ‘Oubayda dans leurs rangs car il avait été sérieusement blessé.  Mais, ayant perdu trop de sang, il mourut bientôt à son tour. 1

L’ATTAQUE GÉNÉRALE

Avec un regain de furie, les mécréants s’avancèrent et, dans un cri de rage, ils se précipitèrent sur les héros musulmans et les assaillirent.  C’est alors que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) cria : « Battez-vous pour le Paradis, dont la largeur est équivalente aux cieux et à la terre ! »

LE PREMIER MARTYR

‘Oumayr bin al-Houmam entendit l’appel du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et demanda : « Le Paradis est-il équivalent, en grandeur, aux cieux et à la terre réunis, ô Prophète d’Allah ? »  « Oui », répondit ce dernier.  « Comme c’est merveilleux ! », dit ‘Oumayr.  Et lorsque le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui demanda pourquoi il avait dit cela, il répondit : « Rien, Messager d’Allah… J’espère seulement que je ferai partie de ses habitants. »  Le Prophète lui affirma qu’il en ferait partie.  Alors ‘Oumayr sortit quelques dattes de son carquois et se mit à les manger.  Mais tout à coup, il dit : « Si je vis jusqu’à ce ma datte soit terminée, je retarderai ce moment tant attendu. »  Alors il jeta les dattes qu’il tenait à la main et courut au champ de bataille où il se battit jusqu’à ce que la mort vienne le chercher.  Il fut le premier martyr de la bataille de Badr. 1

Les musulmans, formant une armée unie, ferme et disciplinée, combattirent les Mecquois avec, à tout instant, le nom d’Allah sur les lèvres.  Jusqu’à ce moment, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) était demeuré silencieux et recueilli ; mais tout à coup, il se leva et fonça dans les rangs de l’ennemi.  Nul, maintenant, n’était plus brave que lui et nul n’osait approcher l’ennemi d’aussi près. 2  C’est alors qu’Allah envoya Ses anges en renfort. Soudainement, les mécréants,  semblant être repoussés par une violente charge de guerriers invisibles, parurent sur le point d’abandonner.

« Et ton Seigneur révéla aux Anges : « Je suis avec vous : affermissez donc les croyants.  Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants.  Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts. » (Coran, 8:12)

LE DESSEIN DE DEUX FRÈRES

Débordant d’enthousiasme, chaque musulman semblait ne chercher qu’à surpasser les autres en bonnes actions et à atteindre le statut de martyr.  Même les amis proches et les frères de sang rivalisaient les uns avec les autres.  ‘Abdourrahman bin Auf raconte : « Je me battais dans mon rang, le jour de la bataille de Badr, lorsque tout à coup j’aperçus à ma droite et à ma gauche deux garçons relativement jeunes, ce qui ne me plut pas particulièrement.  Puis sans crier gare, l’un d’eux me demanda, à voix basse, afin que son compagnon ne puisse l’entendre : « Ô mon oncle !  Montre-moi Abou Jahl ! »  Je lui dit : « Ô fils de mon frère !  Qu’as-tu à voir avec lui ? »  Il me répondit : « J’ai fait le serment à Allah qu’à la minute où je l’apercevrais, soit je le tuerais, soit je serais tué par lui ! »  Puis l’autre garçon vint me parler de la même façon, tout bas, pour ne pas être entendu de son compagnon.  Alors je leur montrai Abou Jahl du doigt et, comme deux aigles, ils se jetèrent immédiatement sur lui et le tuèrent presque sur le coup.  Ils étaient tous deux les fils de ‘Afra. 1

Lorsque Abou Jahl rendit l’âme, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) déclara : « Voici Abou Jahl, le Pharaon de cette nation. »

LA GRANDE VICTOIRE

Au moment où la bataille de Badr tirait à sa fin, les musulmans pouvaient crier victoire, tandis que les infidèles étaient humiliés comme jamais. En cette occasion, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) rendit hommage à Allah en disant : « Gloire et louanges à Allah qui a rempli Sa promesse, aidé Ses serviteurs et mis en déroute tous les ennemis. »

C’était exactement ce qui s’était passé, tel que mentionné dans le Coran :

« Allah vous a donné la victoire, à Badr, alors que vous étiez humiliés.  Craignez Allah, donc, afin que vous soyez reconnaissants. » (Coran, 3:123)

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ordonna que les cadavres des infidèles soient jetés dans une fosse.  Tandis que les musulmans s’exécutaient, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) s’approcha de la fosse et, regardant les corps qui y avaient été jetés, dit : « Ô gens de la fosse !  Avez-vous trouvé que la promesse de votre Seigneur était vraie ?  Car moi, j’ai trouvé que ce que mon Dieu m’avait promis était vrai. » 1

Le jour de la bataille de Badr, soixante-dix mécréants furent tués et autant furent faits captifs.  Du côté des musulmans, quatorze perdirent la vie, six appartenant aux Mouhajirines et huit aux Ansars. 2

LES CONSÉQUENCES DE LA VICTOIRE DE BADR

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) retourna à Médine à la tête d’une armée victorieuse.  Les ennemis de l’islam étaient consternés et totalement démoralisés par l’issue de la bataille de Badr.  Le prestige du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), à Médine, s’en trouva accru et son influence s’étendit aux quartiers environnants.  Un grand nombre de Médinois, qui avaient jusqu’alors hésité à accepter l’islam, le firent à ce moment-là.

‘Abdallah bin Rawaha était l’un des deux hommes que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait envoyés d’avance à Médine, avant de se mettre en route à son tour, suivi de son armée.  Il apporta la bonne nouvelle aux gens, leur disant : « Réjouissez-vous, ô Ansar !  Car le Prophète d’Allah est sain et sauf et les infidèles ont été tués et capturés ! »  Puis il leur énuméra les noms des nobles qouraishites qui avaient été tués. Certains le crurent, tandis que d’autres furent déconcertés par la nouvelle. Enfin, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) entra à Médine, suivi, entre autres, des prisonniers de guerre gardés par son esclave Shouqran. 1  Lorsqu’il atteignit Rouha, les musulmans vinrent à sa rencontre et les félicitèrent, lui et ses compagnons, pour la victoire qu’Allah leur avait accordée.

La défaite subie par les polythéistes plongea la Mecque dans un état de tristesse et d’abattement profonds ; chaque maison, chaque famille était affligée par le deuil.  Les Mecquois étaient atterrés.  Abou Soufyan jura de ne plus prendre de bain jusqu’à qu’il ait l’occasion de se battre à nouveau contre le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).  Les musulmans opprimés de la Mecque, quant à eux, poussèrent un soupir de soulagement et furent transportés de joie.

LES LIENS DU SANG OU DE LA FOI

L’un des captifs des musulmans était Abou ‘Aziz bin ‘Oumayr bin Hashim, frère de sang de Mous’ab bin Oumayr.  Les deux frères avaient été porteurs d’étendard de leur armée respective.

Mous’ab bin ‘Oumayr passa près de son frère au moment où un jeune Ansar lui ligotait les mains.  Mous’ab dit au jeune : « Ligote-le solidement ; sa mère est riche et peut-être paiera-t-elle une généreuse rançon pour lui. »

Au comble de la stupéfaction, Abou ‘Aziz regarda son frère et lui dit : « Mon frère !  Est-ce bien toi qui vient de dire cela ? »  « Tu n’es pas mon frère », répliqua Mous’ab, « mais celui qui te ligotes l’est ».

LE TRAITEMENT DES PRISONNIERS DE GUERRE

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ordonna à ses compagnons de traiter les captifs généreusement.  Il dit : « Traitez-les avec gentillesse. »  Abou ‘Aziz bin ‘Oumayr relate qu’après avoir été capturé à Badr, il fut logé chez une famille ansari.  Ils lui donnaient du pain le matin et un repas le soir, tel que l’avait ordonné le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), tandis qu’eux-mêmes ne mangeaient que des dattes.  Quiconque se trouvait en possession d’un morceau de pain le donnait à Abou ‘Aziz, bien que ce dernier se sentait gêné et refusait ; mais ils le lui redonnaient intact et insistaient pour qu’il le mange. 1

LA RANÇON DES PRISONNIERS

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) accepta que les prisonniers paient une rançon selon leurs moyens.  Les membres de Qouraish payèrent pour la libération de leurs pairs qui avaient été faits captifs, tandis que ceux qui étaient incapables de payer furent libérés sans paiement.  L’oncle du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), ‘Abbas bin ‘Abdoul Mouttalib, son cousin, ‘Aqil bin Abi Talib, son gendre Aboul ‘As bin Ar-Rab’i, qui était marié à sa fille Zaynab, comptaient parmi les prisonniers de guerre, mais n’eurent droit à aucune faveur ; ils furent traités exactement comme les autres captifs.

Parmi les prisonniers qui n’avaient pas les moyens de payer une rançon, certains étaient instruits ; on leur offrit donc de gagner leur liberté en enseignant la lecture aux enfants des Ansars, à raison de dix enfants par prisonnier.  Zaid bin Thabit était l’un de ces enfants qui avaient appris à lire avec les prisonniers de Badr.  Cette décision démontre à quel point le Prophète de l’islam (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) attachait de l’importance à l’instruction.

AUTRES EXPÉDITIONS

Le serment qu’avait fait Abou Soufyan, tel que mentionné plus haut, l’empêchait même de s’asperger la tête avec de l’eau tant et aussi longtemps qu’il n’aurait pas assouvi sa vengeance contre les musulmans.  Fidèle à son serment, il se rendit à Médine en compagnie de deux cents guerriers et fit appel à Sallam bin Mishkam, chef de la tribu juive Bani an-Nadir, qui leur offrit à manger et à boire et leur donna tous les renseignements qu’ils désiraient obtenir sur Médine.  C’est ainsi qu’Abou Soufyan réussit à se sauver après avoir tué deux Ansars.

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) fut averti de la présence des malfaiteurs et se lança à leur poursuite.  Abou Soufyan réussit à lui échapper mais fut obligé de se lester d’une grande quantité de provisions, surtout de maïs grillé ou al-sawiq, qui donna son nom à cette expédition. 1

Les premiers juifs de Médine à rompre leur traité avec le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) furent Banou Qaynouqa.  Ils se disputèrent avec les musulmans et tinrent des propos désobligeants sur le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).  Ce dernier finit par les assiéger – le siège dura quinze jours – jusqu’à ce qu’ils se rendent sans conditions. Le siège fut levé sur les recommandations d’Abdallah bin Oubayy, le leader des hypocrites. 2

Banou Qaynouqa tenait un marché à Médine, où ses membres pratiquaient l’orfèvrerie.  Ils furent forcés de quitter la ville alors même que le nombre d’hommes en âge de se battre, parmi eux, dépassait sept cents.

BIN ASHRAF RENCONTRE SON SOMBRE DESTIN

Ka’b bin Ashraf était un leader juif très en vue.  Ennemi implacable de l’islam, il avait toujours fait tout en son pouvoir pour nuire au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).  Il était également un poète de grande renommée et se servait de son talent pour composer et réciter des vers dénigrant les femmes musulmanes, ce qui constituait un intolérable blasphème.  Immédiatement après la bataille de Badr, il se rendit jusqu’à la Mecque pour crier vengeance, utilisant pour ce faire des vers incendiaires visant à attiser le ressentiment de Qouraish relatif à leur défaite de Badr.  Puis, il retourna à Médine où, plein d’arrogance, il poursuivit sa propagande contre l’islam.  Lorsque le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) fut mis au courant de son retour à Médine, il dit à ses compagnons : « Ka’b bin Ashraf a offensé Allah et Son Prophète.  Qui me débarrassera de lui ? »  Quelques hommes appartenant aux Ansars s’offrirent immédiatement et allèrent tuer cet ennemi d’Allah. 1



1 Un endroit situé au Yémen.  Certains affirment que c’est le point le plus éloigné du Hijr. Souhayli (le commentateur de Ibn Hisham) affirme que selon certains exégètes, il s’agissait d’une ville située en Abyssinie. Dans tous les cas, il s’agissait d’un endroit très éloigné. Dans son ouvrage, Ibn Hisham y fait allusion sous le nom de Bark-al-Ghimad.  (Zad al-Ma’ad, vol. I, p. 342).

2 Zad al-Ma’ad, Vol. I, pp. 342-43, Ibn Hisham,, vol. I, p. 614. Boukhari et Mouslim ont aussi rapporté cette conversation avec quelques variations.

1 Ousd oul-Ghaba, vol. IV, p. 148.

1 Ibid, p. 622

1 On peut trouver un rapport détaillé des mesures défensives et offensives prises par le Prophète au cours de la bataille de Badr dans Hadis-I-Dif’a, du Général Mohammed Akbar Khan, un  général pakistanais, et dans Al-Rassoul al-Qa’id, de Mahmoud Shit Khattab, l’ex-commandant en chef des forces armées irakiennes.

1 Zad al-Ma’ad, vol. I, pp. 343-344.

1 Voir Zad al-Ma’ad et d’autres biographies du Messager. Mouslim relate, dans Kitab oul-Jihad wal-Siyar, que‘Omar b. al-Khattab a dit :  “Le jour de Badr, lorsque le Messager campa avec ses 319 compagnons, il se tourna vers la Qiblah et, levant ses mains, se mit à implorer Allah: ‘Ô Allah! Apporte-moi l’aide que Tu m’as promise. Ô Allah! Accorde-moi ce que Tu m’as promis .

Ô Allah! Si ce petit groupe de musulmans est exterminé aujourd’hui, nul ne T’adoreras plus sur cette terre !”

1 Ibn Hisham, vol. I, p. 625.

1 Zad al-Ma’ad, vol. p. 345 et Ibn Hisham, vol. I, p. 625.

2 Ibn Kathir, vol. II, p. 425.

1 Sahihaian.  L’incident mentionné ici a été tiré de Boukhari, Kitab-oul-Maghazi. Voir Gazwa Badr, Ibn Kathir, vol. II, p. 444.

1 Boukhari, rapporté par Bara bin ‘Azib.

2 Ibn Kathir, vol. II, p. 463.

1 Ibn Khatir, vol. II, pp. 470-73.

1 Ibn Kathir, vol. II, p. 475.

1 Ibn Hisham, vol. II, pp. 144-45.

2 Ibid, pp. 47-49

1 Zad al-Ma’ad, vol. 348.

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