La bataille des Tranchées

Abul hasan ‘Ali Nadwi

La bataille des Tranchées (également appelée la bataille des Clans) eut lieu au mois de Shawwal de la cinquième année de l’hégire.  Ce fut une bataille particulièrement difficile dont la victoire fut remportée grâce au courage exemplaire des musulmans.  Elle mit grandement à l’épreuve leur force d’âme et leur patience, qualités qui allaient plus tard les aider à gagner la Péninsule arabe tout entière à l’islam et même à propager leur message jusqu’à des contrées lointaines.  Ce fut un conflit décisif entre l’islam et la mécréance, entre la lumière et les ténèbres, au cours duquel les musulmans subirent des épreuves telles qu’ils n’en avaient jamais subies auparavant.

« Quand ils vous vinrent d’en haut et d’en bas (de toutes parts), et que les regards étaient troublés et que les cœurs remontaient aux gorges, et que vous faisiez sur Allah toutes sortes de suppositions…  Les croyants furent alors éprouvés et secoués d’une dure secousse. » (Coran, 33:10-11)

Les juifs furent les véritables instigateurs des hostilités ayant mené à la Bataille des Tranchées. Certaines personnes appartenant à Bani an-Nadir et Bani Wa’il, qui ne cachaient pas leur désir de voir les musulmans exterminés, firent appel aux membres de Qouraish et les invitèrent à supprimer tous les musulmans. Au départ, les hommes de Qouraish ne se montrèrent pas très intéressés par la proposition ; en effet, ils se remettaient à peine de deux affrontements avec les musulmans qui les avaient laissés on ne peut plus amers. Mais les juifs leur peignirent un tableau si séduisant de leur plan, en plus de promettre le soutien de toutes les colonies juives d’Arabie, que Qouraish finit par accepter.  La délégation juive partit alors à la rencontre de la grande tribu désertique de Ghatfan et pressa ses membres de se joindre à eux pour détruire Yathrib.  Ils firent appel à tous les clans de Ghatfan, les poussant avec insistance à se joindre à Qouraish pour éliminer les musulmans une fois pour toutes.

Une alliance fut donc formée entre Qouraish, les juifs et la tribu de Ghatfan pour opposer une guerre totale et sans merci aux musulmans.  Une importante clause de l’accord rédigé pour l’occasion stipulait que Bani Ghatfan devait déployer six mille soldats, tandis que les juifs, en échange, devaient leur donner les récoltes de Khaybar de toute une année.  Qouraish, de son côté, acceptait de déployer quatre mille combattants. Une impressionnante armée de dix mille hommes fut donc mobilisée, armée dont Abou Soufyan prit les commandes. [1]

UNE IDÉE GÉNIALE

Lorsque le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) apprit l’intention des juifs d’exterminer les musulmans, il s’entretint avec ses compagnons sur la meilleure façon de faire face à cette menace.  Ils décidèrent de se préparer à une guerre défensive, c’est-à-dire de résister à l’ennemi en restant à l’intérieur des limites de la ville plutôt que d’aller affronter la coalition à l’extérieur de Médine.  Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) rassembla donc trois mille hommes armés prêts à tout pour défendre la ville et ses habitants.

Un compagnon persan, Salman, suggéra de creuser des tranchées le long du côté de Médine qui était à découvert et donc susceptible de subir une attaque de la cavalerie ennemie.[2]  Il s’agissait d’une pratique bien connue des Iraniens.[3]  On rapporte que Salman aurait dit au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) : « Messager d’Allah!  Lorsque nous craignions une attaque de la cavalerie ennemie, nous creusions des tranchées pour maintenir les envahisseurs à distance. »

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) fut d’accord avec cette suggestion et entreprit, avec ses compagnons, de creuser des tranchées sur le côté nord de Médine, c’est-à-dire sur son seul côté qui était à découvert.  La ville était bien protégée sur ses côtés ouest, sud et est par de vigoureuses plantations, des plaines volcaniques et des montagnes de granit constituant de considérables obstacles à une éventuelle cavalerie.[4]

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) délimita sur le sol la tranchée à être creusée et en assigna quarante coudées à chaque groupe de dix personnes.[5]  La longueur totale de la tranchée était d’environ cinq mille coudées, sa profondeur variait entre sept et dix coudées et sa largeur avait en moyenne neuf coudées, parfois un peu plus. [6]

L’ENTHOUSIASME ET L’ESPRIT COOPÉRATIF

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) aida chaque groupe à creuser la partie qui lui était assignée.  En dépit du fait que la saison hivernale fut particulièrement rude[7] et que les musulmans appauvris n’avaient plus que peu de provisions pour satisfaire leur faim, le travail avança de façon régulière grâce à l’enthousiasme et à la persévérance des compagnons.

Abou Talha a rapporté que pendant les travaux, il devint si affecté par la faim qu’il alla se plaindre au Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et lui montra son abdomen, auquel il avait attaché un bloc de pierre afin d’apaiser la sensation de faim.  Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui montra alors son propre abdomen, auquel il avait attaché deux blocs de pierre. [8]

Mais tout le monde était content et enjoué en dépit de ces privations.  Les compagnons du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) chantaient des chants d’honneur[9] et des chants louangeant Allah afin de se tenir l’esprit occupé en travaillant et d’éviter de se plaindre et de s’apitoyer sur leur sort.

Anas a rapporté qu’à un certain moment, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) vint les rejoindre là où ils creusaient.  Il vit les Ansars et les Mouhajirines travailler dur malgré le froid mordant du matin, car ils n’avaient ni esclaves ni serviteurs pour creuser à leur place.  En les voyant travailler si fort tout en ayant l’estomac vide, il dit : « Ô Allah!  La vraie vie est réellement celle de l’au-delà; alors pardonne leurs péchés aux Ansars et aux Mouhajirines. »

Au comble de la joie d’entendre le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) invoquer le pardon d’Allah pour eux, ils répondirent : « C’est nous qui avons prêté serment à Mohammed de participer au jihad. »[10]

Anas a de plus rapporté que si l’un d’eux arrivait à se procurer une poignée d’orge, il le moulait avec un peu de matière grasse pour le partager avec ses compagnons en dépit du mauvais goût que cette céréale prenait suite à ce procédé.

UN MIRACLE QUI AUGURE D’UN BRILLANT AVENIR

Au cours des travaux, une énorme pierre causa beaucoup de difficulté aux musulmans qui creusaient la tranchée et ils furent incapables de la briser avec les instruments qu’ils avaient à leur disposition.  Lorsque le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) en fut informé, il descendit dans la tranchée et, à l’aide d’une pioche, frappa un coup si fort qu’un tiers de la pierre explosa en morceaux. Alors le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit : « Gloire à Allah, les clefs de Syrie m’ont été données » et frappa un deuxième coup qui fit voler en éclats un deuxième tiers de la pierre.  Puis il dit à nouveau : « Gloire à Allah, les clefs de Perse m’ont été données.  Par Allah, je vois le château blanc de Mada’in » et frappa un troisième coup qui réduisit en pièces le dernier tiers de la pierre.  Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit alors : « Gloire à Allah!  Les clefs du Yémen m’ont été données.  Par Allah, je vois les portes de Sana’a. » [11]

Au moment de cette prédiction, nulle prophétie ne pouvait être plus éloignée de ce à quoi ils s’attendaient de l’avenir.  À ce moment-là, la faim et le temps froid avaient décharné les musulmans, et l’armée ennemie, qui avançait lentement mais sûrement en direction de la ville plus ou moins bien fortifiée, menaçait de porter un coup mortel à ses défenseurs.

D’AUTRES MIRACLES

Les compagnons du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) assistèrent à un certain nombre de miracles alors qu’ils creusaient les tranchées.  Chaque fois qu’un groupe avait de la difficulté à creuser à cause d’une pierre qu’il n’arrivait pas à déplacer ou briser, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) demandait qu’on apporte de l’eau à laquelle il mélangeait un peu de sa salive.  Il faisait ensuite quelques invocations et aspergeait d’eau la pierre qui se désintégrait jusqu’à prendre l’aspect d’un tas de sable.[12] 

À plusieurs reprises, une petite quantité de nourriture suffit à rassasier un grand nombre de personnes, ou même l’armée tout entière, c’est-à-dire près de trois mille hommes.

Jabir bin Abdoullah raconte : « Tandis que nous creusions la tranchée, un énorme tas de pierres nous empêcha d’aller plus loin.  Certains d’entre nous allèrent rapporter le problème au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).  Il dit : « J’y vais » et se leva, une pierre attachée à son abdomen car cela faisait alors trois jours qu’il travaillait sans avaler aucune nourriture.  Il prit une pioche et en frappa les pierres, qui se transformèrent en sable. Je quittai le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et retournai chez moi.  Je demandai à ma femme si nous avions quelque chose à manger, car je venais de constater à quel point le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) était affamé.  « Oui », me répondit-elle, « j’ai un peu d’orge et une agnelle. »  Je tuai l’agnelle tandis que ma femme réduisait l’orge en poudre, puis nous mîmes la viande à cuire.

Tandis que la viande cuisait et que la farine, pétrie, attendait, je retournai voir le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et lui dit, à part, que j’avais un peu de nourriture pour lui et qu’il pouvait venir chez moi avec un ou deux de ses compagnons. Il me demanda quelle quantité de nourriture j’avais et je lui répondis que j’en avais assez pour lui et ses compagnons.  Il me dit : « Ce sera parfait et cela suffira. »  Puis il me renvoya chez moi dire à ma femme de ne pas retirer le chaudron du feu ni de cuire la pâte avant son arrivée.  Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) invita tout le monde, c’est-à-dire les Ansars et Mouhajirines, qui le suivirent volontiers.  Je demandai à ma femme si elle savait que tous ces gens avaient été invités et qu’ils étaient en route.  Elle me demanda : « Le Prophète s’est-il enquis de la quantité de nourriture à notre disposition ? » Je lui répondis par l’affirmative. Puis le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) arriva et dit aux gens d’entrer chez moi.  Il prit des morceaux de pain, disposa un peu de viande sur chacun et les distribua aux gens, tout en gardant le four et le chaudron recouverts d’un linge.  Il put ainsi distribuer du pain et de la viande à tous ses compagnons jusqu’à ce que chacun soit parfaitement rassasié.  Puis il me demanda, ainsi qu’à ma femme, de nous servir et d’en donner à d’autres personnes, car nous avions nous aussi passé quelques jours sans nourriture.[13]

Une autre version de cet incident rapporté par Jabir raconte que ce dernier alla voir le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et lui chuchota à l’oreille qu’il venait de tuer une agnelle et qu’il avait un peu d’orge, et qu’il pouvait donc venir avec quelques personnes pour partager le repas. Mais le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit tout haut : « Ô vous qui travaillez aux tranchées!  Jabir a préparé un banquet! »

UNE SUGGESTION MAL ACCUEILLIE

Les musulmans avaient à peine terminé de creuser la tranchée que les hommes de Qouraish arrivèrent et campèrent à l’extérieur de Médine.  Dix mille guerriers armés jusqu’aux dents les accompagnaient.  Ghatfan vint avec ses tribus confédérées et campa avec Qouraish.  Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) rassembla ses trois mille hommes pour les affronter, la tranchée agissant comme obstacle entre les deux armées (ce qu’ignorait l’ennemi).  Bani Qourayda, la tribu juive de Médine, avait fait un traité avec le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), promettant de défendre la ville.  Cependant, Houyayy bin Akhtab, le chef de Bani Nadir, s’était arrangé pour quitter la ville plus tôt et avait convaincu Bani Qourayda de rompre son serment.

Les musulmans se retrouvèrent dans une position désespérée et un sentiment de crainte et d’insécurité les saisit.  Les hypocrites montrèrent alors leur vrai visage, allant jusqu’à semer la discorde parmi les rangs. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) comprit aussitôt que les musulmans se trouvaient dans une dangereuse situation, et plus particulièrement les Ansars, qui avaient toujours dû subir les plus lourdes conséquences de la guerre contre les infidèles.  Il proposa alors l’idée de faire la paix avec Bani Ghatfan en leur donnant un tiers de la récolte de dattes de Médine.  Il ne voulait plus que les Ansars subissent les conséquences de ses décisions.  Mais S’ad bin Mou’adh et S’ad bin ‘Oubada, les chefs de Aus et Khazraj, refusèrent la proposition.  Ils dirent : « Ô Messager d’Allah!  Lorsque nous étions polythéistes et idolâtres, ne servant Allah ni ne Le connaissant, jamais Ghatfan n’eurent de nos dattes, sauf s’ils les achetaient ou s’ils étaient invités chez nous.  Allons-nous leur donner de nos biens alors qu’Allah nous a honorés avec l’islam et ta sounnah?  Non, par Allah!  Nous ne leur présenterons que l’épée jusqu’à ce qu’Allah décide entre nous! »  « Comme vous voudrez », répondit le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), abandonnant cette idée.[14]

LA BATAILLE

L’armée du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) installa ses tentes derrière la tranchée et assura une surveillance jour et nuit.  De l’autre côté de la tranchée, les forces alliées assiégeaient la ville, mais l’impasse se prolongea quelques jours sans qu’aucun combat n’ait lieu entre les deux armées.  La cavalerie ennemie se décida enfin à passer à l’attaque et, en se rapprochant, aperçut à la dernière minute l’énorme tranchée; cet obstacle inattendu la remplit de consternation.

« Une invention jamais vue!  Une ruse astucieuse! » s’exclamèrent-ils, dans un abîme d’étonnement.  Comment allaient-ils traverser cet énorme fossé ?  Ils décidèrent d’en faire tout le tour afin de trouver son côté le plus étroit.  Certains allèrent jusqu’à battre leurs chevaux pour les pousser à sauter par-dessus l’obstacle ; l’un d’entre eux était le fameux guerrier ‘Amr bin ‘Abdou Woudd, qui, disait-on, valait mille cavaliers à lui seul. Après avoir réussi à traverser la tranchée, il s’immobilisa et mit au défi quiconque de se mesurer à lui.

‘Ali bondit immédiatement dans sa direction et lui dit : « ‘Amr, tu as déclaré à Allah que si un homme de Qouraish t’offrait deux alternatives, tu accepterais l’une d’elles. »  « Oui, c’est ce que j’ai dit. », répondit-il.  « Alors », dit ‘Ali, « je t’invite à accepter Allah et Son Messager et à embrasser l’islam. »  ‘Amr répliqua : « Cela ne m’apporterait rien. »  « Alors tu devras m’affronter. », rétorqua ‘Ali.  « Pourquoi? », demanda ‘Amr, « Ô fils de mon frère!  Par Allah, je ne souhaite nullement te tuer. »  « Mais », répliqua ‘Ali, « moi, je veux te tuer. »  Le visage de ‘Amr devint rouge de colère.  Il descendit de son cheval, lui coupa les jarrets et le frappa au visage, puis il se tourna vers ‘Ali.  Il se battit contre lui avec beaucoup d’énergie, mais à la fin, ‘Ali lui coupa la tête avec son cimeterre.  Deux camarades d’Amr, qui avaient traversé la tranchée avec lui, prirent la fuite à cheval.

LE ZÈLE ARDENT DES MUSULMANES

‘Aisha, qui était alors dans la citadelle de Bani Haritha en compagnie d’autres femmes musulmanes, vit S’ad Mou’adh passer par là.  Il portait une cotte de mailles si petite que ses bras étaient presque entièrement exposés.  Il était entrain de réciter des versets du Coran et sa mère lui dit de se dépêcher car il allait être en retard.  « Oumm S’ad », dit ‘Aisha à celle-ci, « par Allah!  Il faudrait que sa cotte de mailles soit plus grande. »  La crainte exprimée par ‘Aisha s’avéra plus tard justifiée car au cours de la bataille suivante contre Bani Qourayda, S’ad fut atteint au bras par une flèche et mourut de saignements excessifs.[15]

LE SECOURS DIVIN

Le siège se poursuivit pendant près d’un mois.  Les musulmans étaient affamés et épuisés tandis que leurs ennemis avaient de la nourriture et des armes en quantité voulue.  Les hypocrites montrèrent leur vrai visage; plusieurs d’entre eux demandèrent au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) la permission de retourner chez eux, prétextant qu’ils avaient quitté leur domicile à la hâte et qu’ils avaient oublié de barrer leurs portes.  En réalité, tout ce qu’ils désiraient était se retirer du front.

Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et ses compagnons endurèrent ces longues journées stressantes, harcelés par l’ennemi, en face, et constamment préoccupés par la menace des juifs, derrière eux.  Puis soudain, un jour, Nou’aym bin Mas’oud, appartenant à Ghatfan, vint voir le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et lui dit qu’il avait secrètement embrassé l’islam et que les gens de sa tribu l’ignoraient.  Il offrit également de faire tout ce que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) lui ordonnerait.  Ce dernier répondit : « Tu es le seul musulman parmi eux.  Alors reste avec eux et essaies de nous aider, car la guerre ne se résume qu’à une bonne stratégie et à des plans intelligents. »

Après avoir obtenu la permission du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), Nou’aym bin Mas’oud retourna parmi Bani Qourayda.  Il leur parla de telle sorte qu’il les fit douter d’eux-mêmes : ils se demandaient maintenant s’ils avaient pris la bonne décision en abandonnant les musulmans, leurs voisins, pour plaire aux tribus éloignées de Qouraish et Ghatfan.  Nou’aym leur dit également qu’il serait sage de leur part d’exiger que des notables parmi les membres de Qouraish et Ghatfan leur soient remis en otage avant d’entreprendre le combat, afin de s’assurer que leurs alliés tiennent parole.  Bani Qourayda remercia chaleureusement Nou’aym pour ses excellents conseils.

Nou’aym alla ensuite voir les chefs de Qouraish et, après les avoir assurés de sa bonne foi, leur dit que les hommes de Bani Qourayda étaient mécontents d’avoir pris la décision de les soutenir; qu’ils songeaient, par mesure de sécurité, à leur demander certains de leurs nobles en otages, sous le prétexte que cela obligerait leurs alliés à tenir leurs promesses. Il leur dit également que Bani Qourayda avaient envoyé dire au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) qu’ils lui remettraient, afin qu’il les décapite, quelques notables parmi les deux tribus comme preuve de leur sincérité envers lui.  Nou’aym raconta ensuite la même histoire aux gens de Ghatfan. 

Nou’aym était donc arrivé à semer la méfiance entre Bani Qourayda, Qouraish et Ghatfan, chaque tribu restant sur ses gardes et suspectant les deux autres.  Abou Soufyan décida alors qu’il était temps de préparer une attaque générale. Le stratagème imaginé par Nou’aym s’avéra un succès total. Qouraish et Ghatfan étaient convaincus que les nouvelles rapportées par Nou’aym étaient vraies, alors ils rejetèrent immédiatement la demande des juifs.  Bani Qourayda, de son côté, devint tout à fait convaincue que ses alliés n’étaient pas sincères avec elle.   Ce découragement, qui prit possession des forces alliées, brisa leur unité et mit leur patience à bout.

Puis, au cours d’une nuit froide et nuageuse, un violent ouragan en provenance du désert souleva les tentes des nomades et renversa leurs chaudrons de nourriture.  Cette tempête, envoyée par Allah, découragea l’ennemi.  Appelant ses hommes, Abou Soufyan leur dit : « Ô Qouraish!  Ceci n’est plus un bon endroit pour camper.  Nos chevaux sont morts, Bani Qourayda n’a pas tenu ses promesses et nous avons appris, à leur sujet, de redoutables nouvelles.  Vous voyez les ravages causés par le vent : nous n’avons même plus un seul chaudron à sa place ni feu allumé ni tente encore sur pieds.  Et nous n’avons aucun abri sur lequel nous puissions compter.  Préparez-vous, car j’ai décidé que nous partions. »  Abou Soufyan se leva alors brusquement et, se dirigeant vers son chameau qui était toujours entravé, le monta et le frappa, et ne le libéra même pas de ses entraves avant qu’il ne fût debout.

Lorsque les hommes de Ghatfan apprirent que Qouraish avait quitté les lieux, ils disparurent à leur tour dans l’obscurité du désert.

Houdhayfa bin Al-Yaman, qui avait été envoyé par le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) pour épier les mouvements de l’ennemi, revint avec la nouvelle de son départ   alors que le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) faisait la prière.  Il dit au Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ce qu’il avait vu.[16]  À l’aube, au moment où les musulmans levèrent le camp pour s’en retourner chez eux et ranger leurs armes, il ne subsistait plus aucune trace de l’ennemi.[17]

C’était un véritable miracle, rendu possible par la miséricorde d’Allah, tel que le Coran le raconte :

« Ô vous qui croyez!  Rappelez-vous le bienfait d’Allah sur vous, quand des troupes vous sont venues et que Nous avons envoyé contre elles un vent et des troupes que vous n’avez pas vues.  Allah demeure Clairvoyant sur ce que vous faites. » (Coran, 33:9)

« Et Allah a renvoyé, avec leur rage, les infidèles sans qu’ils n’aient obtenu aucun bien, et Allah a épargné aux croyants le combat.  Allah est Fort et Puissant. » (Coran, 33 :25)

Puis, les énormes nuages qui avaient recouvert le ciel disparurent sans pluie ni orage, laissant le ciel de Médine aussi clair que jamais.  Le Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) dit à ses compagnons : « Qouraish ne reviendra pas vous affronter après cette année, mais vous les attaquerez après cela. »[18]

Sept musulmans perdirent la vie au cours de la Bataille des Tranchées, et quatre infidèles furent tués.



[1] Ibid., pp. 219-20

[2] Ibid., p. 224

[3] Le mot Khandaq, telle que se nomme la tranchée en arabe, est dérivé du persan Khandak ou Kandak.

[4] La tranchée se trouvait au nord de la ville, son extrémité orientale commençait à Harrata Waqim et s’étendait jusqu’à la vallée de Bathan où la plaine de basalte occidentale commençait. (Abdoul Qouddous Ansari, Athar al-Madina).

[5] Ibn Kathir, vol. III, p. 192

[6] Ghazwah Ahzab, par Ahmad Ba-Shoum’il.

[7] Ibn Hisham, vol. II, p. 216

[8] Mishkat al-Masabih, vol. II, p. 448.  Les Arabes avaient pour coutume, lorsqu’ils éprouvaient une insupportable sensation de faim, d’attacher un bloc de pierre à leur abdomen dans le but d’apaiser cette sensation et de pouvoir continuer à travailler. 

[9] Appelé Rajz.

[10] Boukhari, Kitab oul-Moughazi, chap. Ghazwatoul Khandaq

[11] Ibn Kathir, vol. III, p. 194

[12] Ibn Hisham, vol. II, pp. 217-18

[13] Boukhari, Bab-oul-Khandaq

[14] Ibn Kathir, vol. III, pp. 202-3

[15] Ibn Kathir, vol. III, p. 207

[16] Mouslim, chap. Ghazwatoul Ahzab

[17] Ibn Kathir, vol. III pp. 214-21

[18] Ibid., p. 221

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