La Bataille De Hounayn

Abul hasan ‘Ali Nadwi

La victoire éclatante des musulmans sur Qouraish et le nombre croissant de conversions à l’islam avaient profondément effrayé et inquiété l’ennemi. Alors il tenta, dans un ultime effort, de mettre l’islam à l’épreuve, mais encore une fois, il échoua lamentablement. Voici comment se déroulèrent ces événements.

LES HAWAZINES

Les Hawazines étaient de vieux ennemis de Qouraish et ils égalaient ces derniers en termes de pouvoir et de prestige. La récente soumission de Qouraish au pouvoir naissant de l’islam leur fit nourrir l’espoir d’amener les musulmans à capituler; ils y voyaient une occasion fournie par Dieu d’édifier leur pouvoir sur le prestige déclinant de Qouraish.

Le chef des Hawazines, Malik bin ‘Auf al-Nasari, déclara publiquement son hostilité envers les musulmans. Il fut bientôt imité par plusieurs chefs et membres d’autres tribus, notamment Thaqif, Nasr, Jousham et Sa’ad bin Bakr. Deux clans de Hawazine, Ka’b et Kilab, se dissocièrent de Malik bin ‘Auf, mais les autres alliés ordonnèrent à leurs armées d’aller attaquer le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Ils emmenèrent même leur bétail, leurs femmes et leurs enfants sur le champ de bataille, voulant à tout prix que tous, jusqu’au dernier, se battent. Ils avaient l’intention de faire en sorte que nul ne batte en retraite ou ne s’en retourne chez lui.

Un vieux vétéran, Dourayd bin al-Simma, connu pour son habileté de guerrier, accompagnait l’armée hawazine, qui avait décidé de camper à Autas.[1] De leur camp s’élevaient des cris des chameaux qui blatéraient, des braiments d’ânes, des bêlements de moutons et de chèvres, ainsi que des pleurs d’enfants. Malik ordonna à ses hommes: «Sortez vos armes de leurs fourreaux dès que vous apercevez les musulmans et attaquez-les comme un seul homme!».[2]

Le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), de son côté, était accompagné de deux mille Mecquois, parmi lesquels se trouvaient à la fois de tout récents convertis et des non-musulmans, de même que de dix mille musulmans qu’il avait ramenés de Médine. Il s’agissait de l’armée la plus imposante jamais mobilisée pour défendre l’islam. À cause de leur nombre important, les musulmans se sentaient très sûrs d’eux, et certains d’entre eux osèrent même avancer qu’il leur était impossible de perdre grâce à leur nombre impressionnant.[3]

Il est à noter que pour cette bataille, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) réussit à obtenir de Safwan bin Oumayyah des armes et des cottes de mailles en dépit du fait que ce dernier fut encore polythéiste.[4]

DES RÉSIDUS DE L’IDOLÂTRIE

Les Mecquois qui s’étaient joints au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) pour cette bataille venaient à peine de renoncer au paganisme et à l’habitude qu’ils avaient de vénérer un arbre qu’ils appelaient «Dhat-ou-Anwat», sous lequel ils passaient parfois toute une journée; ils suspendaient alors leurs armes à ses branches et offraient des sacrifices à son ombre. Ainsi, tandis qu’ils avançaient avec l’armée, ils passèrent près d’un grand arbre qui leur rappela celui qu’ils adoraient naguère. Alors ils demandèrent au Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui): «Désigne-nous un arbre, car nous avions, auparavant, Dhat-u-Anwat, ô Messager d’Allah.» Ce dernier répondit: «Allah est Grand! Par Celui qui tient mon âme entre Ses mains, vous me dites ce que le peuple de Moïse lui a dit: «Désigne-nous une divinité semblable à leurs dieux.» Et Moïse leur répondit: «Vous êtes certes des gens ignorants.»[5] En vérité, vous adopteriez toutes les coutumes de vos prédécesseurs.»[6]

DANS LE WADI DE HOUNAYN

L’armée musulmane atteignit Hounayn le dixième jour de Shawwal de l’an 8 de l’hégire. Les guerriers descendirent dans le wadi à l’aube naissante; l’ennemi avait déjà pris position. Tout à coup, à travers la vallée, tout ce que les musulmans purent voir de leurs ennemis fut une volée de flèches; puis, l’effet de surprise passé, ils virent ces derniers foncer sur eux comme un seul homme. Les hommes de Hawazine étaient de célèbres archers.[7]

Cet assaut aussi soudain que violent força les musulmans à battre en retraite; ils s’enfuirent terrifiés sans se soucier les uns des autres. La bataille prit une tournure dangereuse, une déroute totale des musulmans étant déjà imminente. Comme lors de la bataille de Ouhoud, lorsque la rumeur de la mort du Messager (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait désorienté et découragé les musulmans, ils étaient encore une fois au désespoir, ici, à Hounayn.

DIVISION ET DÉSACCORD

Quelques types un peu grossiers de la Mecque, qui s’étaient joints à l’armée musulmane mais dont la foi n’était pas très ferme, se mirent à exprimer leur insatisfaction et leur frustration par rapport à l’islam. L’un dit: «Leur exode n’aura de fin que lorsqu’ils atteindront la mer.» L’autre remarqua: «Les effets de leur sorcellerie se sont dissipés aujourd’hui.»[8]

VICTOIRE ET PAIX

Cette défaite des musulmans, qui faisait suite à leur brillante victoire à la Mecque, était en quelque sorte un châtiment divin pour avoir compté sur leur force et sur leur nombre important plutôt que sur le secours d’Allah. Leur foi avait besoin d’être mise à l’épreuve par cette mésaventure; ils devaient comprendre que la victoire comme la défaite ne pouvaient venir que d’Allah et que ni l’une ni l’autre ne devait les rendre exultants ou découragés.

Les musulmans étaient totalement absorbés par leur malheur quand la paix d’Allah sembla descendre sur eux. Pendant tout ce temps, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) était resté à sa place, à califourchon sur son mulet blanc, sans aucune crainte au cœur ni frisson. Seuls quelques Ansars et Mouhajirines et certains membres de sa famille étaient restés avec lui; ‘Abbas bin ‘Abdoul Mouttalib tenait à la main la bride de son mulet. Alors il déclara, d’une voix retentissante: «En vérité, je suis le prophète d’Allah, je suis le fils d’Abdoul Mouttalib!».[9]

Sur ce, un détachement de l’armée ennemie avança en direction du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Ce dernier prit une poignée de sable et la leur lança dans les yeux.

Pour secouer ses hommes, il dit à ‘Abbas: «Ô ‘Abbas, appelleles Ansars et les compagnons de l’acacia.»[10] ‘Abbas possédait une puissante voix. Tous ceux qui l’entendirent appeler répondirent «nous voici», descendirent de chameau et vinrent se regrouper autour du Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui). Puis, lorsqu’ils furent en nombre suffisant, ils foncèrent sur l’ennemi. Cependant qu’un nouvel affrontement avait lieu entre les deux parties, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et quelques-uns de ses compagnons se dirigèrent vers un endroit situé plus haut, d’où ils pouvaient avoir une vue générale de la bataille. Il remarqua: «La bataille est devenue ardente.»[11] Puis il jeta quelques cailloux en direction de l’ennemi. ‘Abbas rapporte qu’il vit alors l’ennemi perdre soudainement tout enthousiasme et s’avouer vaincu.[12]

Les deux armées avaient combattu courageusement. Mais, avant même que ces musulmans, qui avaient fui, aient eu le temps de revenir sur le champ de bataille, l’ennemi avait été vaincu et un groupe de prisonniers ligotés avaient été amené devant le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui).[13] En réalité, c’est parce qu’Allah avait soutenu Son Messager à l’aide d’anges descendus du ciel que les musulmans avaient connu la victoire.[14]

«Allah vous a déjà secourus en maints endroits. Et rappelez-vous le jour de Hounayn, quand vous étiez fiers de votre grand nombre et que cela ne vous a servi à rien. La terre, malgré son étendue, vous devint bien étroite; puis vous avez tourné le dos en fuyards. Puis, Allah fit descendre Sa quiétude sur Son Messager et sur les croyants. Il fit descendre des troupes (anges) que vous ne voyiez pas, et châtia ceux qui ne croyaient pas. Telle est la rétribution des mécréants. (Coran, 9:25-6)

LA RÉSISTANCE S’ÉPUISE

L’amertume et la rancune que ressentaient les païens envers l’islam se dissipèrent complètement suite à la bataille de Hounayn. Le dernier bastion du paganisme tomba avec cette bataille, de sorte qu’il ne subsista plus, dans toute l’Arabie, d’adversaires de l’islam que l’on eût pu juger redoutables.

À AUTAS

Une partie de l’ennemi en déroute s’enfuit à Ta’if et verrouilla les portes de la ville. Le chef des Hawazines, Malik bin ‘Auf, était avec eux. Un détachement envoyé par le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), avec Abou ‘Amir al-Ashari à sa tête, parvint à rattraper un autre groupe ennemi qui avait installé son camp à Autas, l’affronta et le mit complètement en déroute.[15] Lorsque les captifs et le butin de Hounayn furent amenés au Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), il ordonna qu’on les amène à Ji’rrana[16] et que les captifs y soient détenus.[17]

Les captifs de Hounayn étaient au nombre de six mille. Le butin incluait vingt-quatre mille chameaux, quarante mille chèvres et quatre mille awqiya d’argent. C’était le butin le plus important qui fut jamais tombé aux mains des musulmans.

Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait donné l’ordre à ses troupes, avant la bataille, d’éviter de tuer les femmes, les enfants, les hommes embauchés pour des tâches autres que celles liées au combat et les esclaves. Malheureusement, une femme fut tuée par accident. En dépit du fait que cette mort n’était pas intentionnelle, le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) ne put s’empêcher d’éprouver des remords par la suite.[18]



[1] Un “wadi” situé près de Ta’if, sur le territoire qui appartenait à cette époque aux Hawazines et où la bataille de Hounayn eut lieu.

[2] Ibn Hisham, vol. II, pp. 437-39.

[3] Tafsir Tabari, vol. X, pp. 63-64.

[4] Ibn Hisham, vol. II, p. 440.

[5] Coran, 7:138

[6] Ibid., vol. II, p. 442

[7] Ibn Hisham, vol. II, p. 442.

[8] Ibid pp. 442-43

[9] Selon Boukhari, c’est Abou Soufyan bin al-Harith qui tenait la bride.

[10] Ce titre était donné aux compagnons qui avaient prêté serment sous l’acacia à Houdaybiya.

[11] Ibn Hisham, vol. II, p. 445

[12] Sahih Mouslim

[13] Ibn Hisham, vol. II, p. 445

[14] Sahih Mouslim, Kitab-oul-Jihad, Ghazwa Hounayn.

[15] Ibn Kathir, vol. III, p. 460

[16] Une halte située sur la route au nord-est de la Mecque.

[17] Ibn Hisham, vol. II, p. 459

[18] Ibn Kathir, vol. III, p. 638

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